INTERLUDE : Et alors, ça fait quoi d’être accrédité ?

pano

Une épopée estivale est un média \o/

  Je pose cet article là, en réponse à une question qu’on m’a pas mal posé. Quand je dis que je suis allé à tel festival après avoir reçu une accréditation presse, et à plus forte raison quand je prononce les deux mots « pass VIP », j’ai très souvent le droit à des questionnements concernant ce « privilège ». J’imagine que c’est dû à une certaine habitude de la starification, de l’intérêt pour les peoples, ce genre de chose, qui fait que être considéré comme VIP ça attise la curiosité ; le carré VIP met des étoiles dans les yeux. Je vais donc causer dans cet article de ce que j’ai pu voir et faire en tant que possesseur de pass presse.

Pour commencer, un petit point récapitulatif pour situer sur quoi se base ma petite expérience : j’ai acheté un pass VIP pour la Route du Rock en 2013 et obtenu des accès presse/VIP en 2014 pour Panoramas, le Hellfest, le Roskilde, Karrément à l’ouest et le Cabaret Vert.

Le truc, c’est que moi je m’en bats sérieusement des accès privilégiés. Mais voyons ce que ça peut apporter.

Certains fest proposent aux détenteurs de pass VIP/presse un camping dédié, contre monnaie sonnante et trébuchante. J’imagine que pour les journalistes qui travaillent ça peut être utile histoire de récupérer, mais sinon quel intérêt ? Je suis là pour participer au festival de l’intérieur, pas pour observer de loin les festivaliers et faire un compte-rendu de ce que j’y ai vu ; je veux raconter ce que j’ai vécu, pas ce qu’il s’est passé. Alors pas question de dormir dans un camping à part ! Mais je parle sans savoir vu que n’y suis pas allé, aussi bien c’est la nouba toute la nuit au camping VIP, je n’en ai aucune idée.

Avoir accès aux conférences de presse c’est top, quoique là encore je ne les ai que peu fréquenté. A la Route du Rock j’ai pu voir la conf de Suuns, que j’ai trouvé très cool sans connaître le groupe (que maintenant j’aime beaucoup), et le récap de  l’orga sur l’édition en cours. La conf des organisateurs j’en ai vu un bout aussi au Cabaret Vert quand je suis allé jeté un coup d’œil express à l’espace VIP, mais je n’avais pas le temps de rester vu que les Kaiser Chiefs allaient démarrer leur concert. A Panoramas on m’a proposé d’assister à cette conférence le dimanche matin, alors j’y suis allé, y’a pas de raison. Je pensais que je me retrouverais avec tout plein de journalistes, mais en fait on était que 5 ou 6 attablés à l’heure du petit-déj, c’était un peu bizarre pour moi mais super intéressant.

Pour rester à Panoramas, c’était carrément cool d’être accrédité parce que j’étais invité à tout plein de trucs. Déjà la conf de presse que j’ai cité plus haut, mais aussi l’inauguration du festival avec discours des élus suivi d’un concert de Rodolphe Burger, ou encore un concert secret de Burger ! Il se trouve que j’ai raté ces deux concerts, mais je n’étais pas peu fier d’y être invité !

Dans les atouts que permet le pass VIP, la fonction coupe-file ça peut paraître cool sur le papier, mais il faut que toute ta bande l’ait aussi pour que ça soit réellement intéressant. Genre à la Route de rock j’ai pris mon pass VIP pour ça, pour pas perdre les autres qui avaient tous l’accès rapide. Par contre au Cabaret Vert j’étais le seul sur tout le groupe alors quel intérêt ? En plus on arrivait toujours tôt dans la journée, donc ils n’avaient pas à faire la queue plus de deux minutes, faut pas être snob à ce point là sérieux.

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Je le redis : ce n’est pas moi qui ai choisi la photo.

  Mais quand on me pose la question  » Et alors, ça fait quoi d’être accrédité ? », ce qui semble rendre les gens envieux c’est bien le carré VIP : comment c’est, qu’est-ce qu’il s’y passe, ce genre de chose. Mon avis c’est que je n’ai pas le temps pour ça putain ! Y’a trop de concerts déjà ! Au Roskilde, j’avais l’accès VIP, ok, mais il y avait déjà un milliard de trucs à voir, j’allais pas EN PLUS me rajouter la visite de cet espace, ou même me poser pour prendre une pause. Putain, je dormirais quand je serais mort, voilà, je ne suis pas allé jusqu’au Danemark pour siroter un whisky au bar VIP ! Pareil pour le Cabaret Vert.

Et puis souvent il y a différent niveaux d’accès. Je m’explique : avec tel bracelet on peut accéder au bar réservé VIP, mais pas au salon pour les super-VIP ; genre au Hellfest y’a une terrasse avec une super vue sur les Main Stage, j’ai essayé d’y aller mais perdu ! C’était juste sur invitation. Alors bon, le bar VIP, si c’est juste pour être avec les autres blaireaux qui ont acheté leur pass plus cher pour couper les files d’attentes, merci mais non. Je ne sais pas si les artistes traînent aux endroits où j’avais accès, mais je préfère les voir en concert que les croiser au bar VIP. Et tant bien-même je les côtoierais, qu’est-ce que je ferais ? Prendre une photo avec eux ? Balbutier deux ou trois inepties parce-que je ne saurais pas quoi leur dire d’intelligent ? J’ai mieux à faire que ça.

Et donc, ça me paraît évident, mais je le dis ici : le principal intérêt de l’espace VIP c’est le bar, où on peut généralement payer en véritable argent et non pas en jetons, et où on peut avoir autre chose que de la bière, du whisky, de la vodka ou je ne sais quoi d’autre parce-que ça reste cher et que je n’ai pas d’argent à dépenser là-dedans. Il arrive aussi qu’il y ait des toilettes supplémentaires, mais bon, j’ai toujours su me débrouiller pour ne pas attendre des plombes alors ça ne m’a jamais servi.

Sinon ça peut-être pas mal pour se poser tranquille, à la Route de Rock y’a des transats desquels j’ai écouté Tame Impala et Hot Chip. Ecouté juste, parce qu’il y a des brandes qui empêchent de voir la scène, c’est pas très pratique. Mais ça, ça ne vaut que quand les concerts sont moyens intéressants et que la fatigue pointe, en vrai c’est surtout gadget. Souvent il y a des animations réservées aux VIP, genre un dj set au bar, ou des démo de skate, du catch à moustaches… Encore une fois, c’est très sympa, mais il y a déjà des concerts à voir en fait.

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En orange le pass du Roskilde, en noir celui du Hellfest. C’est le versant triste de l’accréditation, on a pas le vrai bracelet du festival au bras… :’-(

  Ce qui est cool par contre c’est l’espace presse, un endroit où être tranquille pour bosser, avoir un accès internet, tout ça. Sauf que moi je ne me sens pas vraiment journaliste, alors je suis plutôt intimidé là-dedans, beaucoup moins à l’aise qu’avec le reste des festivaliers où je me sens plus légitime. Et puis le concept de Une épopée estivale c’est de raconter mon été en me basant sur mes souvenirs, alors le travail pendant les fest est relativement minime, si ce n’est bien sûr profiter du moment et ne pas traîner à l’espace VIP.

Sinon, ça doit être un lieu utile pour rencontrer des gens, j’imagine. Si j’étais doué pour me placer je serais sans doute plus souvent à l’espace presse, mais comme ce n’est pas le cas je n’y reste pas. A part pour interviewer les groupes, genre Elephanz et Encore! c’est à l’espace VIP/presse que je les ai vu.

Mais dans l’absolu c’est pas mal comme endroits, y’a des choses à y faire et à en croire certaines personnes on peut s’y amuser. Sauf qu’on est en festival, tout est déjà là pour s’occuper, alors rajouter l’espace VIP, en ce qui me concerne, c’est pas possible, j’ai toujours mieux à faire que d’y aller. Peut-être que plus tard, quand je me serais lassé de découvrir le plus d’artistes possible je prendrais goût à faire un tour au bar VIP pour boire un coup tranquille en rencontrant du monde, mais actuellement c’est loin d’être ce à quoi j’aspire.

Bref, l’espace VIP c’est très bien, mais vous ne m’y verrez pas !

Crabevert

Un média les amis !!

LES VIEILLES CHARRUES

TicketVC

Merci la Scarmor !

Quoi : Festival des Vieilles Charrues

Quand : samedi 19 et dimanche 20 juillet 2014

Où : Carhaix (Finistère)

Avec qui : mon père

Accréditation presse : non

Album photo


Les Vieilles Charrues, force est d’observer que je ne les aime pas, et je ne comptais pas y aller en 2014.

Bon, le jugement est lapidaire, pour dire vrai j’avais quand même envie de leur laisser une chance, et notamment d’y aller enfin plus qu’une seule journée. L’on me dit que ce qui est incroyable c’est l’ambiance, et que je ne peux pas comprendre ça en y allant qu’un seul jour, alors j’envoie une demande d’accréditation pour quatre jours en me disant que, si le Roskilde m’a dit oui, j’avais mes chances. Sauf que je reçois un refus, donc la question est réglée et ce n’est pas bien grave.

Il faut dire que le jeudi et le vendredi, presque aucun groupe de la programmation ne m’intéressaient. Il est vrai que j’aurais été content de voir les Black Keys et Franz Ferdinand, mais en ce qui concerne Indochine, Elton John, Vanessa Paradis et Stromae, non merci. En fait, si j’hésitais, c’était pour la journée du samedi : mon père avait pris sa place, lui. C’est vrai que voir Détroit, l’idée en me déplaisait pas. Enfin Détroit non, mais Bertrand Cantat pourquoi pas, ça ferait une légende de plus à barrer sur ma longue liste. Et puis ce serait aussi enfin l’occasion de voir Shaka Ponk, et en bonus les Artic Monkeys, et peut-être même quelques découvertes qui sait !

VP

Et Von Pariahs aussi !

En prenant un peu de recul, je me suis rendu compte que j’essayais de me convaincre tout seul mais qu’en réalité je n’étais que très peu tenté, et j’ai arrêté de penser à tout ça en riant de ma bêtise !

Sauf que le destin s’en est mêlé : j’avais dû participer à 2 ou 3 jeux-concours et ai reçu par la poste une lettre des magasins Leclerc m’indiquant que j’avais gagné une place, pour le samedi en plus. Tout de suite, si c’est gratuit, ça donne plus envie de s’y rendre ! Ça m’a fait me reposer la question : est-ce que, tant qu’à être là-bas, je n’achèterais pas une place pour le dimanche ? Comme ça, enfin, je pourrais découvrir et participer à cette ambiance si formidable que l’on me vend. En ce qui concerne la programmation, l’équipe du festival promet que la scène Grall sera réservée à des formations rock. A la veille de partir j’écoute ça, en particulier Miles Kane, et décide de sauter le pas, c’est décidé, je viens aussi le dimanche, j’ai hâte de pouvoir m’amuser comme on me le promet !!

Je télécharge alors l’application du festival sur mon smartphone et remarque un détail étrange : à côté de la photo de Miles Kane, ce que je prend pour un bug affiche non pas le nom de l’artiste cité mais celui des BB Brunes. Un long frisson me parcours l’échine et je vais vérifier sur le net, pour découvrir, horrifié, qu’à peine un quart d’heure après avoir pris ma place la tête d’affiche de la journée – qui a motivée ma venue ! – est annulée et remplacée par ce groupe maudit. Je ne vais pas m’étendre là-dessus, j’en ai déjà fait un article entier que je vous conseille de lire, on m’a dit qu’il était très distrayant.

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J’étais très heureux.

Mais BB Brunes ou pas BB Brunes, il n’était pas question de revenir sur ma décision et nous partîmes affronter, mon père et moi, le plus grand festival musical de France, à quelques kilomètres de ma ville natale. J’y allais armé de ma meilleure volonté – après tout si je partais perdant comment aurais-je espéré m’amuser ? – et arrivé sur place il a fallu trouver un endroit pour planter ma tente. Ma tente à moi seul, parce-que si mon père était à mes côtés le samedi, il n’avait pas la témérité de m’accompagner le dimanche, mais je sais me débrouiller seul. C’était l’occasion pour moi de découvrir le camping des Vieilles Charrues, terre promise de l’amusement, du lâcher prise, d’un temps hors du quotidien où tout est permis, bref, l’espace même de ce que l’on appelle dans nos sociétés occidentales un festival. Les seuls souvenirs que j’en avais dataient de l’année 2008, autant dire que c’était flou. Bien sûr, les campeurs étaient installés depuis déjà quelques jours et nous avons dû cheminer un certain temps avant de trouver un emplacement adéquate pour mon campement spartiate.

Juste à côté, plusieurs festivaliers s’étaient installés de façon bien plus cossue : ayant mis en place une tonnelle, ce petit groupement pouvait se retrouver pour discuter et boire des breuvages alcoolisés, ce qu’ils semblaient faire en grande quantité au vu des déchets qui jonchaient leur habitat. Ces personnages m’alpaguèrent bien vite alors que j’installais ma tente, pensant que j’appartenais à la gente féminine : ils se sont en effet fourvoyés à cause de ma longue chevelure. Je ne leur en ai pas tenu rigueur et ce fut pour moi au contraire une occasion parfaite d’entamer la discussion. Cependant, ces messieurs et dames me semblaient bien vifs, et me parlaient d’une façon très directe, je n’y étais pas préparé. Un peu intimidé, je coupai court à la conversation, prétextant devoir finir d’arrimer mon couchage. Buvant silencieusement une bière avec mon père, je ruminai sur cet épisode : il me semble que je suis un habitué de cet ambiance festivalière, alors qu’est-ce qui me rend mal à l’aise ici ? Peut-être le fait d’arriver en cours de fête ? Ou bien parce-que les autochtones voisins étaient déjà bien avinés ? Perdu dans mes pensées, je me rendis compte qu’il était l’heure de se rendre devant les concerts. Mon père n’était là que pour une journée, par question d’en rater une miette !

Le paragraphe qui suit concerne des considérations musicales à propos la journée du samedi. Si votre statut de lecteur ne se double pas de celui de mélomane, je ne vous en voudrais pas de sauter directement à un pan de texte plus à même de vous satisfaire.

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Programme du samedi

Bien que décidé à ne rien rater des concerts, nous n’arrivâmes qu’en même temps que les dernières chansons de Benjamin Clementine. L’homme a su nous charmer de ses mélodies, et nous fument bien déçu d’avoir manqué la prestation complète. S’en suivi Breton, que je connaissais pour avoir assister à plusieurs de leurs concerts. Malheureusement nous n’avons pas grandement apprécié la musicalité de la formation et avons préféré partir repérer les changements du lieu. Peu de choses à en dire, si ce n’est la disparition (momentanée à ce qu’il semble) de l’espace dédié aux arts de rue. Cela ne m’a guère manqué, néanmoins. Si Jabberwocky nous a fait un peu danser, sans nous laisser un grand souvenir, c’est bien The Red Goes Black qu’il nous a plu de mirer sur la scène Kerouac. Après avoir vu le quatuor à de nombreuses reprises dans les salles des alentours de Brest cela faisait chaud au cœur de les apercevoir sur cette grande scène, devant tant de personnes assemblées ! Bravo les amis, certes ce n’est pas une fin, mais c’est une belle fierté. Il était ensuite temps d’observer sur scène l’homme Cantat. Coupons court de suite à la polémique : nous sommes en face d’une personne ayant tué sa femme et à plusieurs reprises cette pensée m’a traversé l’esprit. Mais je suis ici pour donner un avis musical, je ne m’avancerai pas dans des propos éthiques mal maîtrisés de ma part. En termes musicaux, donc, le concert fut bon. Très bon même, si j’en crois la mention que j’en ai fait, notée sur l’ordre de passage des groupes. Je connais mal Noir Désir, mal Détroit, mais je sais reconnaître un bon moment live, et c’en fut un.

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Arctic Monkeys

Si Arctic Monkeys devait suivre sur la grande scène, entre temps jouait Julien Doré sur la Kerouac. Mais, mal placés, nous entendîmes très mal les chansons et ne pouvons donner d’avis constructif. Les Arctic Monkeys, donc, ont donné un show plutôt convenu, moyennement prenant. Il faut dire que je suis assez frustré par ce quatuor : ils pourraient très bien jouer un rock’n’roll abrasif et tendu, mais semblent toujours s’en garder pour plutôt rester mollassons, s’autorisant quelques accélérations sur certains titres mais qui retombent bien vite. Oh bien sûr c’est de très bonne facture, mais n’est-ce pas quelque peu aseptisé ? Il n’y avait après cela rien à se mettre sous la dent, ni Disiz ni Gramatik ne nous ont intéressé et il ne nous restait qu’à nous poser en attendant le dernier concert : Shaka Ponk. Je fus surpris là où je ne m’attendais pas : du groupe on m’en avait dit le meilleur comme le pire et je restais méfiant à son égard. Pourtant, c’est une prestation très puissante à laquelle nous avons assisté, un véritable mur de son et d’image. Si j’osais la comparaison, je pourrais parler d’une sorte de Rob Zombie à la française. J’ai bien aimé.

Il était maintenant l’heure de quitter les lieux des concerts pour se frotter à celui de la fête véritable ! Le temps de faire mes au-revoir à mon père et j’étais prêt à recevoir pleinement cette ambiance si chérie par certains ! Très vite, j’ai déchanté. Il m’a semblé en arrivant au camping que les festivaliers étaient déjà couchés. C’est une sensation assez étrange d’avoir l’impression que tout le monde est au lit à trois heures du matin… Bien sûr, ça discute en chuchotant par-ci par-là, mais quand on revient du festival Morlaisien de Panoramas où les concerts finissent à 5h30, du festival clissonnais du Hellfest où les festivaliers crient toute la nuit entre les tentes, ou encore lorsque que l’on a connu le Roskilde où les personnes ne semblent pas dormir, c’est un peu déstabilisant. Je m’attendais à autre chose du plus grand festival français, à plus forte raison parce qu’on me l’avait vendu comme l’endroit même de la rigolade entre amis !!

Pourtant, j’ai fourni des efforts pour m’amuser : généralement en festival je file directement dormir pour être prêt à profiter de la journée suivante, mais il n’en était pas question cette fois-ci. D’ailleurs, pour ouvrir une parenthèse, il me semble que j’avais bien de l’énergie à revendre car aucun des concerts n’avaient pu vraiment m’épuiser. J’ai donc donné de ma personne pour faire partie de la fête et me suis mêlé aux gens. Faisons fi des convenances, après tout nous sommes en festival pas vrai ? C’est bien l’occasion de s’en aller papoter avec des inconnus non ? J’ai donc papillonné entre divers campements pour me lancer dans des conversations, et la seule chose que j’ai pu en retirer c’est un individu plutôt nuisible qui m’a suivi dans mes pérégrinations, une âme esseulée se servant de moi pour trahir sa solitude. Bien sûr, cela ne m’a pas plu mais je ne pouvais pas me débarrasser de cette tique, et chaque campement où je me rendais me pensait accompagné d’un ami. Il me faisait d’ailleurs remarquer que l’attitude de celui-ci était étrange, et c’était le cas ! Me concernant, je ne voulais que me débarrasser de ce personnage grotesque ! Tout semblait se liguer contre moi pour que je n’arrive pas à apprécier cette ambiance de fête si chère à la majorité des festivaliers…

Papa Frangin Schrub

J’aime bien cette photographie.

En fait, je me sentais étranger à ce qui se déroulait autour de moi. Pas de la même façon qu’au Danemark ; là-bas ma place d’observateur extérieur était en partie un choix, tant j’étais abasourdi par ce que j’observais. A Carhaix, j’aurais voulu prendre corps aux bacchanales qui se déroulaient autour de moi mais je n’y arrivais pas. Déjà parce-que de bacchanales il n’y en avait pas, et ensuite parce-que je ne faisais pas illusion auprès des peuplades habituées de ce festival particulier, m’empêchant de m’incruster comme je l’aurais désiré… Oui, je me sentais extérieur à ces cohortes de gens ânonnant sans discontinuer, et semble-t-il sans même comprendre le sens de leurs paroles, des variations du thème traditionnel « Pose ta bite sur mon épaule ».

Je mets ce dernier point en évidence tant il me semble important : je n’ai pu comprendre, dans mon études sur cette population particulière, l’intérêt de ce chant, « Pose ta bite sur mon épaule ». Les premières fois que je l’ai entendu remonte à plusieurs années, à ce moment il me semblait que les personnes le chantant voulaient faire preuve d’un humour potache et décalé, se jouant de paroles puériles pour en constituer d’autres toujours plus terribles et, reconnaissons-le, drôles. Mais cet été 2014 je ne pouvais que froncer les sourcils en entendant répétées inlassablement les mêmes phrases blaguant sans vraiment le comprendre sur la pédophilie et le racisme. Il me semblait que les différents chanteurs croisés ne se rendait à aucun moment vraiment compte de la teneur de leur propos et répétaient simplement des phrases atroces de manières décérébrées sous prétexte que « c’est marrant ». Je m’en suis trouvé gêné.

En définitive, et malgré le fait que j’ai insisté un long moment pour profiter de « l’ambiance formidable des Vieilles Charrues », le seul bon moment de cette soirée fut pour moi quand je suis retourné à mon couchage, tout en faisant un grand détour par le reste du camping. J’ai pu arpenter des espaces silencieux, sur lequel la brume était tombée, c’était beau et mystérieux. Peut-être qu’en réalité je me suis fourvoyé, et c’est ça l’ambiance que les gens aiment tant aux Vieilles Charrues, une ambiance mystérieuse et vaporeuse ? Je suis allé me coucher.

Bruine

Une atmosphère propice à la rêverie.

Le dimanche, autre temporalité, autre ambiance. Lorsque je me réveille, le soleil est déjà bien haut dans le ciel dégagé, l’atmosphère semble propice à l’amitié alors je décide d’aller retrouver un ami à son campement dont j’ai enfin reçu les coordonnées exactes. J’en profite pour faire la connaissance de l’ensemble de son groupe et je ne peux qu’avouer que le moment passé en leur compagnie a été très agréable : j’ai été très bien accueilli, reçu de la manière locale consistant à offrir de l’alcool aux nouveaux arrivants (je suis piquant pour peu de choses, car il en est ainsi dans tous les festivals et non pas uniquement aux Vieilles Charrues.). Cependant, bien qu’il fut très agréable de passer du temps avec ces personnes, je dû me rendre à l’évidence que cette troupe était épuisée des journées passées, étant présente depuis le jeudi, et je pris donc congé pour les laisser reprendre des forces.

Ce temps passé avait nourri ma réflexion, et j’étais à même de comprendre un peu mieux encore pourquoi je ne me plaisais que peu à ce grand festival : la plupart des gens qui me font les louanges de l’événement s’y rendent en groupe. Pour cette raison, ils s’amusent entre eux, sincèrement, et sont prêts à vendre de bonne foi l’ambiance du festival comme formidable, mais pour un agent extérieur comme moi il semble difficile de m’y intégrer. Et c’est bien là que se situe la problème : les personnes dont je parle plus haut n’avaient pour certaines vu presque aucuns concerts. Là où, en ce qui me concerne, je recherche un attrait musical, les gens qui me font l’éloge des Vieilles Charrues ne prennent pas même le temps de s’y rendre ; c’est bien que je me trouve en décalage avec les attentes des autres festivaliers. Le problème semble venir, comme je m’en doutais avant de me rendre au festival, de moi : mes attentes ne correspondent pas à celle de la majorité des festivaliers, et c’est bien pour cela que je ne m’y amuse que modérément, à l’inverse d’eux. Fort de cette observation, je me suis rendu sur le site des concerts.

Voici donc le deuxième bloc de texte concernant mes avis musicaux. Ici aussi, fier lecteur, ne t’attarde pas si ton intérêt pour ma plume critique est faible. Je ne t’en voudrais pas, d’autant que tu as déjà lu une sacrée partie de l’article, merci à toi !

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Programme du dimanche

La journée était prometteuse ! L’organisation des Vieilles Charrues plaçait la journée sous le signe du dieu rock’n’roll, en ce qui concerne la scène Grall en tout cas, rebaptisée pour l’occasion la « Rock’n’Grall », appréciez le jeu de mot audacieux ! Et je dois dire que j’ai pris du plaisir à découvrir bon nombre de formations de qualité au long de la journée. Je vais donc commencer par évacuer les artistes m’ayant laissé de marbre : Lily Allen m’a vaguement consternée, Bombay Show Pig m’a ennuyé et Girls in Hawaii ne m’a pas transporté. Totorro, bien que sympa, je n’en ai rien à dire. Enfin, les BB Brunes, je ne m’étends toujours pas et vous rappelle de lire l’article qui leur est dédié. J’ai donc commencé la journée avec Yodélice : l’on m’avait vendu l’artiste comme assez médiocre, et pourtant je l’ai trouvé très sympathique. J’attendais de pied ferme la performance du trio de Traams et je n’ai pas été déçu par l’énergie dégagée ! Autre atmosphère, j’ai adoré le concert de Christophe, très intimiste, ce qui était paradoxal en plein jour et sur l’immense scène Glenmor. Lire l’article du Télégramme le lendemain, fustigeant un concert mollasson et fermé, m’a fendu le cœur et m’a donné à croire que le journaliste n’avait pas compris une seule seconde ce qui faisait le sel de l’artiste ! La grande surprise de la journée a été pour moi Etienne Daho : je m’y suis rendu persuadé de ne pas aimer, mais c’est tout l’inverse qui est arrivé. J’ai été accroché par bon nombre de chansons que je me suis étonné de connaître et d’apprécier. Faute de Miles Kane, le groupe que j’attendais le plus était Von Pariahs. J’en garde un très bon souvenir et serais ravi de les revoir. Enfin, le dernier concert de cette édition ne fut pas pour moi Thirty Seconds to Mars, dont je ne connais rien, mais bien Birth of Joy, que j’avais déjà pu voir Au Pont du Rock. Les trois Hollandais ont confirmé mon impression : ils savent mettre le feu à la scène ! Pour preuve, un pogo a démarré pendant leur concert, un exploit aux Vieilles Charrues, le seul autre groupe que j’ai pu voir ayant permis cela était… Motörhead !

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Un très bon concert partagé avec des gens de goût. J’aime bien cette photographie, ça donne une impression « d’image du bonheur ».

Après cette longue journée à la qualité musicale certaine, il était l’heure de retourner au camping. Or, je me suis rendu compte avec horreur que je n’avais pas du tout envie de passer une seconde soirée à errer entre les tentes en espérant m’amuser. Prenant quelques minutes pour réfléchir, j’estimai qu’il était préférable de rentrer immédiatement en voiture plutôt que de devoir supporter une nuit supplémentaire dans cette ambiance qui m’est étrangère. On pourrait me traiter de couard, il est vrai que j’ai choisi de fuir, mais je savais que cette retraite était plus sage que d’insister encore. Je suis donc allé empaqueter mon campement et j’ai fait mes adieux aux Vieilles Charrues. Il n’était pas si tard que ça d’ailleurs, les concerts finissant plus tôt le dimanche. J’ai donc pu rentrer de nuit en voiture, chose que j’affectionne beaucoup, et dormir dans mon lit, loin de Carhaix.

Et voilà de mon aventure aux Vieilles Charrues, en 2014. J’ai pu comprendre un peu mieux pourquoi je ne me sens pas à mon aise durant ce festival, mais aussi profiter de prestations musicales plutôt réjouissantes. A présent, la question est la suivante : est-ce que l’on m’y reprendra ? Je n’ai rien contre ce festival, en somme, j’y suis juste étranger. Mais après tout, ça ne me dérange pas de m’y sentir extérieur si je peux tout de même profiter de quelques moments agréables. On verra ce que propose les affiches futures avant de se décider, en tout cas il est sûr que j’essaierai de ne pas avoir d’avis arrêté sur la question !

JOY

Oui, Birth of Joy ça déménageait vraiment.

KARREMENT A L’OUEST

Ebony

J’ai pas géré pour les photos ce coup-ci, alors en voici une de Ebony Bones

Quoi : Festival Karrément à l’Ouest

Quand : samedi 12 juillet 2014

Où : Saint Renan (Finistère)

Avec qui : le guitariste de Jerrican Nachos & The Rookies

Accréditation presse : oui

Album photo


En allant au concert de Salut C’est Cool du 10 novembre j’ai appris qu’il n’y aurait peut-être pas de prochaine édition de Karrément à l’ouest. Je ne peux pas dire que j’ai été étonné de l’apprendre, il est clair que ça a été un ratage, en terme d’entrées en tout cas.

Une première chose me pose question : Karrément à l’ouest se définit comme un festival, pourtant il ne dure qu’un seul jour. Ça me fait bizarre moi, c’est juste une soirée de concerts en fait, non ? Pour reprendre la définition de « festival » de Béatrice Macé (des Transmusicales de Rennes), un festival c’est un moment qui oblige le spectateur à sortir de son quotidien pour se plier à d’autres règles, notamment en terme de temps. Donc, un festivalier c’est une personne qui va passer au moins deux journées sur un festival, et par corrélation un festival est sensé durer au moins deux jours. Ça me plait bien cette définition, parce-que ça rejoint la mienne qui dit qu’un festival est un moment extraordinaire, dans le sens « qui sort de l’ordinaire ». Alors Karrément à l’Ouest, ça m’a fait sortir de mon ordinaire ? Moyennement, une fois les concerts terminé je suis rentré dormir dans mon lit et c’était fini. Alors oui, il y avait bien un camping à proximité, mais pour un seul soir… ?

Mais ça, c’est juste une définition parmi d’autres, et certains définissent différemment le festival, on voit des saisons entières de spectacles se dénommer « festival d’automne », des trucs du genre. Moi, ça me chiffonne un peu de voir que Karrément à l’Ouest, une soirée de concerts, se présente comme festival, mais puisque tel est le cas on va dire que ça rentre dans le cadre de mon récit.

BO)))NES

Ebony Bones c’était au top, No Wave stylé.

La grande première c’est que l’on m’a contacté pour couvrir le fest. Je veux dire, je n’ai pas envoyé de demande, on est venu à moi pour être présent sur l’événement et raconter ça dans Une épopée estivale – ce que je fais à l’instant d’ailleurs. Résultat, en plus de la soirée j’ai eu droit à un tour des locaux, c’est toujours cool de voir comment les choses se font de l’intérieur. Pas grand-chose à en dire par contre, à part que tout était déployé pour que les artistes soient dans le meilleurs état d’esprit pour leur prestation. Et par là j’entends qu’ils avaient de quoi se poser et bien bouffer. Et sinon, avant les concerts j’ai eu l’occaz de rencontrer Elephanz et leur poser quelques questions. Je vous laisse lire ça.

Et donc, Karrément à l’ouest s’est ramassé ce soir là. Faut dire que tout était contre eux. Déjà la soirée avait lieu en même temps qu’un match de la coupe du monde de foot, ça devait être la petite-finale ; ça partait mal en terme de concurrence. Ensuite, bah il pleuvait. Evidemment, ce n’est pas un élément prévisible mais ça joue énormément, d’autant que ce n’était pas le genre de festival sold-out 6 mois avant et qui marchera quel que soit le temps. Au contraire, le public potentiel a dû se dire qu’il se déciderait au dernier moment en fonction de sa motivation, celle-ci ayant été largement entamée par la bruine constante de la journée.

Tout mouillés ;)

La pluie.

Et puis bon, la programmation en elle-même ne suffisait pas à rameuter les foules. C’est qu’il manquait une tête d’affiche qui aurait ramené du monde, sans doute, et c’est dommage car la prog était au top, avec des artistes pas vus ailleurs. Il n’y avait pas forcément de logique globale mais des groupes super intéressants : Elephanz qui était nommé pour les Victoires de la Musique, Dub Pistols, bonne ambiance bonne musique, Ebony Bones, super show… En somme, un choix d’artistes très bon mais qui n’a pas suffit à constituer un public. Et c’est bien bête parce-que si les gens manquaient, la qualité, elle, était là.

Aussi, le site est pas super agréable, et dieu sait que c’est important. Bien sûr, tout le monde ne peut pas être le Bout du Monde mais là c’était juste un stade sportif. Un peu triste quoi, alors sous la pluie… En plus, toute sortie était définitive, ce qui empêchait d’aller se promener autour du lac de Ty Colo, juste à côté, ça aurait pu être sympa. Le résultat de tout ça, c’est que la soirée était assez douloureuse à voir. On profitait bien des concerts, mais dès qu’on s’éloignait un peu de la scène on se rendait compte très vite du vide du lieu, ce qui mettait un brin mal à l’aise.

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Aïe.

Ça mettait mal à l’aise parce-que c’était bien fait comme soirée, les gars auraient mérité du monde ! J’ai déjà parlé de la programmation qui était franchement sympa, mais il n’y avait pas que ça. Tiens, un exemple juste : avant le set de DJ Pone on a eu droit à un feu d’artifice. Et c’était cool, c’est toujours cool un feu d’artifice ! Ça faisait bien plaisir quoi, on sentait que c’était bien organisé comme festival ! Enfin bon, je sais pas bien quoi raconter, c’était une soirée de concert sympa quoi, et c’est plutôt triste que si peu de monde ne soit venu.

Si je voulais être méchant, je pourrais conclure en disant que, vu comment les organisateurs se sont plantés, ils devaient être carrément à l’ouest. Mais ce serait une pirouette très abaissante, autant pour eux que pour moi. Au contraire, j’ai bien conscience de la difficulté que représente le fait de créer un festival et de le maintenir, qu’il est complexe de prendre en compte tous les facteurs pouvant faire tomber à l’eau tous les efforts fournis et que c’est encore plus vrai quand on ne peut pas se reposer sur une renommée établie depuis plusieurs années. Donc plutôt que de me moquer de cet échec somme toute douloureux, je préfère tirer mon chapeau à l’équipe de Karrément à l’ouest qui a eu l’envie et la volonté de tenir leur propre festival, quitte à se planter. Moi, j’y ai passé un moment très agréable.

Non vraiment, c’était sympa, vous auriez dû venir.

ROSKILDE (2e PARTIE)

Roskilde

ROSKILDE !

Quoi : Roskilde Festival

Où : Roskilde (Danemark)

Quand : du mercredi 02 au dimanche 06 juillet 2014

Avec qui : avec ma tente.

Accréditation presse : oui

Album photo


Après avoir abordé les choses que j’ai pu découvrir sur le camping du Roskilde et fait un petit interlude sur The Rolling Stones, on va maintenant pouvoir entrer sur le site des concerts !

La première chose qui m’a marqué quand j’ai découvert ce festival, et qui a motivé ma venue, c’est la programmation. On parle souvent de « programmation éclectique », mais je n’en ai jamais trouvé d’aussi diversifiée que celle-ci. J’ai vu du rock indé, du hip-hop, du doom, de l’électro, du hard-rock… C’est bien simple, j’avais l’impression que plusieurs festivals avaient mélangé leurs artistes pour créer le Roskilde : les Vieilles Charrues avec Arctic Monkeys, Kavinski et Major Lazer, le Hellfest avec Electric Wizard, Rob Zombie et Drug Honkey, le Bout du Monde avec Les Ambassadeurs, Dengue Dengue Dengue et Omar Souleyman, La Route du Rock avec Warpaint, Deerhunter et Interpol, bref, vous avez compris l’idée.

Evidemment, c’est bien beau d’avoir une programmation démente sur le papier, encore faut-il que les prestations des artistes soient à la hauteur. Peu de déception à ce niveau là, au contraire j’ai pu voir certains des concerts les plus marquants de mon été : The Rolling Stones évidemment, dont je parle ici. Manu Chao que je n’avais pas vu depuis 11 ans, c’était excellent d’entendre tous ces Danois reprendre ses chansons en chœur. The Necks, j’avais repéré le groupe, j’ai été complètement envouté. Damon Albarn c’était exceptionnel, en plus il a repris un tas de chansons de Gorillaz (!). Carcass, c’était tout aussi bon qu’au Hellfest, sans les blagues sur Avengeld Sevenfold mais avec d’autres sur le fait qu’ils ont dû se lever vachement tôt pour pouvoir jouer à 14h. Slowdive, j’en ai fait un article tellement c’était bluffant. Les Claypool, Stevie Wonder, Black Pus, Jack White… C’était la fête quoi.

BYRD

Les Big Byrd, c’était cool. Un mix entre Hawkwind et BRMC.

Si la prog est très éclectique, les artistes ne sont par contre pas regroupé par scène, comme c’est le cas autre part, au Hellfest typiquement. Le Roskilde mélange : soirée métal sur la scène principale, la Orange Stage, le samedi alors que la veille y passait les Arctic Monkeys, musique transe sous la Pavilion suivi par un groupe de black métal, nuit dédiée au doom dans la Gloria alors que dans l’après-midi on a pu y voir de musique trad’ des Balkans… Il y avait de quoi faire et c’était super de ne pas cloisonner les scènes, ça permet de se mêler à tous les publics et de découvrir le site du fest en long et en large. D’ailleurs, tout le week-end je n’ai pas arrêté de m’étonner de comment le site était étendu, ça semblait toujours super long de devoir aller de l’Orange Stage à l’Arena notamment. Et vu le nombre de gars en trottinette, je n’étais pas le seul à me dire ça.

Une remarque au passage, la Orange Stage, la scène principale, est la seule en extérieur. Toutes les autres sont couvertes : la Gloria est sous un hangar, la Pavilion sous un petit chapiteau, la Avalon sous un grand chapiteau et la Arena sous un chapiteau immense. Pour avoir lu des reports des éditions précédentes, je pense que ça s’explique par la possibilité conséquente de pluie sur le temps du festival. Mais en 2014 c’était grand soleil, il faisait même plutôt chaud. A ce propos, le Danemark est situé pas mal au nord de l’Europe, ce qui fait que le soleil se couche tard. Ça pareil, je l’avais lu avant de partir donc je savais à quoi m’attendre, mais ça ne m’a pas empêché d’être époustouflé par les longs longs longs crépuscules. Ça donnait l’impression que la soirée s’étiraient sur de longues heures et que la nuit n’arriverait jamais.

Crépuscule.

Devant Rob Zombie, un peu avant minuit.

Et de même la nuit ne durait pas bien longtemps, les concerts se terminaient vers 3h du mat’ et alors  l’aube commençait déjà à pointer. Après Slowdive, qui était génial, le temps que je rentre à ma tente il faisait déjà jour, c’était magique.

Dodo

« Bonne nuit ! »

Musicalement, je pense avoir été clair, c’était un programme dément et formidable. Et si ce n’était pas suffisant, si sur certain créneaux je n’avais pas trouvé de quoi m’intéresser je pouvais toujours me rabattre sur le Ghetto-blaster géant, une scène itinérante qui se posait aux endroits où il n’y avait pas de concerts et donnait des DJ set impromptus.

Ghetto

Est-ce que je me fais bien comprendre ? LE ROSKILDE EST UN FEST DEMESURE.

La musique c’est bien beau, mais comme tout bon festival qui se respecte le Roskilde propose tout plein d’autres activités et stands pour s’occuper entre les concerts et aller voir un peu ailleurs si on n’y serait pas par hasard. Le plus évident c’est la Art Zone, un espace de plus de 6000 m² dédié à des collectifs artistiques. J’ai particulièrement aimé une installation sensorielle qui prenait la forme d’une forêt de tissus dans laquelle on pouvait se mouvoir, et aussi une stand de jeu vidéo conceptuel. Après je n’ai pas trop profité de la zone, je préférais aller aux concerts, mais c’était bluffant.

Arbre

Ces artistes, je te jure…

Dans la catégorie « animations cools auxquelles j’ai pu participer parmi toutes celles proposées » : une séance de karaoké live sur les chansons de Pete Seeger interprétées par Frederik Thaae, avec les paroles projetées au-dessus de la scène ; un cours de beat-box donné par le champion du monde en titre, dont j’ai oublié le nom.

Concernant la bouffe, le choix était monstrueux semble-t-il. Un coin du site était réservé aux stands mais on ne pouvait que y payer avec une certaine monnaie ou par carte donc je n’ai pas pu en profiter. Mais ce n’était pas le seul endroit où trouver à manger et il devait y avoir le double de stands dispersés partout. Je n’ai rien gouté de folklorique par contre ; le seul truc marrant que j’ai pu voir c’était des boulettes de renne. J’ai passé mon chemin, et bouffé des bagels, des sandwich, des bagels, des burritos, des bagels et des (gros) hamburgers. Et des bagels. Beaucoup de bagels, parce-que je me retrouvais toujours à courir entre les concerts et que c’était à la fois bon, pratique et consistant pour tenir la longueur.

Un mot sur les toilettes : il y en avait partout. Vous avez peut-être déjà vu sur le net des photos de pissotières accrochées à des arbres ? C’est au Roskilde qu’elles sont. Il y a tellement de toilettes que je n’ai jamais vraiment vu de gens faire la queue. Sans exagérer. Organisation, les gars. En parlant d’organisation, je ne vous ai pas raconté mais il y avait un système très malin pour recharger son portable : des stands étaient disséminés sur l’ensemble du site. On louait une batterie pour pouvoir tenir son portable chargé et quand elle était vide il suffisait d’aller échanger la batterie contre une autre pleine à un des différents stand. Plus pratique que de faire la queue une heure pas vrai ?

Et puis bon, il y avait plein de boutiques quoi. Surtout des fringues, mais aussi des bijoux et des tatouages, temporaires ou non. On pouvait aussi acheter de l’alcool, normal vous me direz. Mais pas que de la bière ou du vin, de la vodka aussi. Ou des mojitos, ce genre de chose. Des gars passaient de temps en temps dans la foule pour vendre à boire comme d’autre vendraient des bonbons sur la plage. Voilà voilà.

Clopes

Des échoppes de cigarettes aussi, tranquille. En fond : la scène Pavilion.

Et quid de l’ambiance ? Parce-que même avec les meilleurs groupes du monde et une organisation au poil, si le public est moisi l’expérience vécue sera elle-même mauvaise. Pour pouvoir en parler, je vais devoir faire un peu d’histoire : en l’an 2000 le festival connaît un drame terrible. Pendant le concert de Pearl Jam, un mouvement de foule a mené à la mort de neuf festivaliers, accident causé à la fois par un sol rendu glissant par le temps humide, faisant tomber une partie des spectateurs, et par les slammeurs tombant eux-mêmes dans les trous que cela créait, écrasant les autres personnes. C’est un traumatisme que l’on ressent vraiment quand on se trouve au Roskilde. Le slogan du festival est d’ailleurs « Take care of each other », et on sent que c’est respecté par la majorité des gens : tout le monde fait attention autant à soi qu’aux personnes aux alentours. C’est une ambiance très bienveillante, très attentionnée. Evidemment ça implique des restrictions, par exemple il est interdit de slammer ou de monter sur les épaules de son voisin, chose que le service d’ordre fait respecter à la lettre. De même, les bénévoles sont très présents, en particulier en ce qui concerne la distribution d’eau. Quand on est devant un concert, un simple signe suffit pour être immédiatement rationné, c’est une mesure rafraichissante (haha).

Le dispositif le plus impressionnant mis en place à la suite de l’accident de 2000 c’est le pit devant la Orange Stage ; l’espace devant la scène principal. Pour éviter les mouvements de foule et empêcher les festivaliers éloignés de la scène de bousculer les personnes devant pour se rapprocher, des barrières sont installés pour séparer les gens devant des gens derrière.

Orange Pit

Un aperçu de la carte du fest, avec l’espace que je décris représenté.

On entre dans le pit par le côté, avec un feu de circulation indiquant si l’espace est complet ou non. Entre les concerts, le pit est évacué du public. De fait, si on veut être devant la scène pour un  groupe en particulier il faut faire la queue pendant les concerts précédents pour pouvoir ensuite entrer, une heure avant le concert auquel on veut assister. Là encore l’organisation est nickel et il y a plusieurs files qui sont bien délimitées. Oui, mais pour être devant Arctic Monkeys ou Stevie Wonder les gens sont prêt à attendre dans la queue toute la journée, genre 8h s’il le faut. Et la file d’attente est très, très longue. En ce qui me concerne, je voulais être le plus prêt possible pour les Rolling Stones, mais c’était le premier jour et je ne me rendais pas compte de combien les gens étaient prêt à attendre pour être devant. Trois heures avant le concert je vais pour me placer dans la queue et, horreur, je découvre qu’elle est déjà immensément longue. Je la remonte, remonte, remonte… Jusqu’à penser être arrivé au bout, loin du début. Je demande au type qui semble être le dernier si c’est bien le bout et il me répond que pas du tout, elle continue encore loin mais qu’il a fallu faire une ouverture pour que les autres festivaliers puissent circuler sans avoir à enjamber les gens… De dépit, et ne voyant de toute façon pas où la file continuait, je m’arrête là et j’attends. Au bout d’une heure, le mec du service d’ordre qui vérifiait que personne ne grugeait se ramène et vire des gars qui, comme moi, ne devaient pas être là. Je me dis que j’allais être le prochain, mais c’était pas possible, je veux dire, je ne savais pas où continuait la file et en plus elle avait dû s’allonger de façon monstrueuse depuis que moi j’attendais. Il finit par venir me voir et me dit de dégager, j’essaye de m’arranger pour rester mais il est ferme : je dois partir. Et au moment où j’allais m’en aller, la mort dans l’âme, une bénévole vient lui poser une question. Il se retourne, m’oublie l’espace d’un instant, le temps qu’un type dans la file d’attente me prenne par les épaules et me place devant lui en me disant « You’re in ». Je n’y croyais pas, grâce à ce type, au lieu de voir les Rolling Stones de très loin, j’allais pouvoir être tout devant, j’étais abasourdi de ma chance. Je lui ai dit qu’il y aura une place pour lui au paradis. Oh, et détail amusant, en fait je me suis rendu compte que je n’étais pas si loin dans la queue, je me suis retrouvé au dixième rang pour le concert.

Jagger

Coucou Mick Jagger. Cette photo est pas terrible mais je l’ai pris sans zoom pour bien se rendre compte de combien j’étais près. Mick est sur l’avancée.

Pour terminer, je vais parler de la journée du dimanche. Avant de partir de France, c’était un peu le bémol du voyage : si les trois autres jours la programmation m’intéressait au plus haut point, le dimanche je la trouvais un peu plus faible. Bien sûr il y avait Stevie Wonder, Kasabian et The Horrors, mais le reste bof. Seulement, le jeudi j’apprend par le truchement des écrans géants que Drake, le rappeur canadien tête d’affiche du dimanche, annule pour raison de santé. Je ne fais pas trop attention à ça parce-que je me dis que, s’il est remplacé, ce sera par un autre rappeur donc bon, je n’y connais rien. Je me prend quand même à rêver que Motörhead le remplace, mais bref. Et donc, à la fin du concert des Rolling Stones, le présentateur – chaque scène avait son présentateur attitré qui annonçait les groupes – débarque en annonçant un truc du genre :

« Tillykke til ROLLING STONES, tillykke, det var virkelig stor, vi tilbragte en stor tid! Jeg bare advare dig, som du sikkert ved, DRAKE måtte aflyse, han er syg. Men bare rolig, vores team arbejder hårdt i dag, og vi vil annoncere den erstattes af JACK WHITE! « .

Attends quoi ? Est-ce que le type au micro vient d’annoncer que Drake est remplacé par Jack White ?! Jack White, des White Stripes ???!! Peut-être mon groupe préféré, un gars que je ne pensais jamais voir en concert ????!!! Il répète en anglais, et donc oui, la programmation du dimanche que je trouvais moyenne se transforme en une mini-explosion atomique. Autant dire que mon programme de la journée s’en est vu transformé : profitant du fait que je n’avais pas trop d’artistes à voir, je décide de sacrifier la journée en faisant la queue pour être bien devant pendant Jack White. Après m’être éclaté devant Carcass et ennuyé devant Kasabian, je suis allé prendre place. Quand même, c’était cinq heure d’attente et bien qu’il fasse beau je me demandais si j’allais tenir, d’autant que je commençais déjà à avoir mal au cul. Mais, en parallèle de la file pour Jack White, il y avait celle pour Stevie Wonder, et ces gens étaient plus malins, ils avaient pensé à apporter des fauteuils de camping pour être bien installés. Oui, mais ils ne pouvaient pas les prendre avec eux devant la scène, logique, donc au moment d’entrer devant la scène, ils ont dû les abandonner derrière eux. Qu’est-ce que vous auriez fait vous ?

Et donc j’étais dans la file d’attente pour le concert de Jack White, posé au soleil dans un fauteuil de camping, tranquille. Devant moi, je voyais la grande scène sur laquelle chantait Stevie Wonder, j’étais bien, et je me suis dit : « Putain, j’ai quand même bien fait d’ouvrir un blog ! ».

Stevie Wonder comme Jack White ont fait des concerts géniaux, pour ne rien gâcher. Je n’ai pas traîné après, je voulais que les dernières notes entendues au Roskilde soient celles de Seven Nation Army. Donc je me barre, et j’ai remarqué un truc bizarre : tous les gens abandonnaient derrière eux leur fauteuils. Des beaux fauteuils hein, tout neuf, avec le porte-gobelet et tout.

Tristesse

Des centaines de fauteuils abandonnés.

Plus que ça, le lendemain en me levant pour aller choper un train et repartir sur Copenhague je vois que non seulement les festivaliers laissent les fauteuils, mais aussi des tentes, des matelas… Pas loin de la gare il y avait un arbre décoré de plusieurs dizaines de chaises jetées dessus. Une fois dans le train, un mec me regarde avec un air étonné et me demande pourquoi moi, je n’ai pas laissé ma tente sur place plutôt que de m’encombrer avec. J’ai fini par comprendre une fois rentré : tout les trucs de camping abandonnés sont rassemblés et envoyés à des populations qui en ont besoin, genre pour les SDF dannois ou en Syrie. Parce-que, pour ne rien gâcher, ce festival incroyable est impliqué dans ce genre de cause. D’ailleurs, depuis 1972, le Roskilde ne fait aucun bénéfice et reverse tout à des associations caritatives.

Voilà, c’était le Roskilde et c’était formidable. Je n’avais plus qu’à reprendre l’avion et rentrer sur Brest pour me remettre de ces émotions. Le festival suivant allait souffrir de la comparaison…

Interlude : Juste un groupe de rock

Roskilde Stones

Je ne faisais pas le fier.

 Il y a quelques groupes devenus trop gros, trop importants, trop légendaires, sur lesquels j’ai tiré un trait, que je n’ai plus vraiment espoir de pouvoir voir en concert un jour et auxquels je ne pense même plus vraiment, comme AC/DC ou Paul McCartney. Ou les Rolling Stones aussi. Sauf que ces derniers, je les ai finalement vus, au Roskilde Festival, Danemark. Incroyable.

On en dit beaucoup de choses des Stones. Ils sont vieux. Fatigués. Plus dans le coup. Presque une anomalie dans le milieu du rock où rare sont ceux qui ont duré, à plus forte raison les plus brillants. Mais on dit aussi que la bande à Jagger et Richards continue à assurer, au moins en concert. Ce qui est sûr, c’est que j’étais là, à ce festival danois, le jour où ils étaient programmés. Impensable.

STONES

« Ok cool, je ne me suis pas trompé de file. »

Le concert précédant celui des Stones, Electric Wizard, je ne l’ai même pas écouté tellement j’avais le ventre noué de savoir à quoi j’allais assister. Alors je suis allé faire la queue pour pouvoir être devant, trois heures avant. Je ne vais pas entrer dans les détails, mais pour des raisons de sécurité on ne pouvait pas se placer devant la scène dès l’ouverture des portes du festival, il fallait attendre et n’entrer qu’au moment autorisé, avant le concert que l’on désire. Je me suis placé dans la file, passant devant beaucoup de monde sans vraiment m’en rendre compte, de façon à me retrouver en définitive au 10e rang. Inimaginable.

Alors j’ai assisté à un live d’une légende. J’ai vu de plus près que je n’aurais jamais imaginé The Rolling Stones. Et en fait c’est juste un groupe de rock. Et c’est ça qui est formidable. Le monde du rock donne cette impression de surenchère constante. Les mises en scène délirante de Rob Zombie. Les attitudes forcées de tous ces groupes indie. Les costumes improbables de Lordi. Les feux d’artifices de Kiss. Mais le 03 juillet 2014 c’était simplement un groupe de rock qui jouait en face de moi.

Keith the riff

Coucou Keith Richards !

Juste un groupe de rock, qui joue ses propres chansons. Sauf que ce groupe, c’est les Stones. Et que ces chansons c’est Jumping Jack Flash, Sympathy for the Devil ou Brown Sugar. Des légendes vivantes certes, mais ça ne fait pas tout : le groupe a de l’énergie à revendre, vraiment. Mick Jagger est toujours électrique et prend toujours les poses qu’on lui connaît, Keith Richards et Ron Wood se courent après en sortant de l’avancée, comme deux gamins. Charlie Watts s’occupe sagement de sa batterie, comme à son habitude et tous les autres musiciens remplissent parfaitement le job, offrent un véritable concert, vivant. Derrière le groupe, un écran géant qui passe de temps en temps des petites vidéos pendant les chansons mais rien de très clinquant, rien qui semble sonner faux ou qui donne l’impression d’être trop calculé. Mick Taylor est venu comme invité sur Midnight Rambler et Satisfaction et ça par contre c’était assez étrange, ça semblé un peu réchauffé, trop peu présent pour vraiment avoir du sens. Mais à côté de ça une trentaine de choriste ont débarqué sur le rappel pour interpréter You can’t always get what your want. Après tout, ça reste les Stones, ils peuvent se le permettre.

Je suis allé au Danemark en me disant que j’allais voir une légende de la musique, mais avant tout j’ai vu un très bon concert de ce groupe de rock qui s’appelle The Rolling Stones.

devil

Et ça, c’est la scène avant que ne démarre Sympathy for the Devil.

Roskilde (1ere partie)

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Cette scène, la Orange Stage, c’est l’emblème du Roskilde.

Quoi : Roskilde Festival

Où : Roskilde (Danemark)

Quand : du mercredi 02 au dimanche 06 juillet 2014

Avec qui : parti seul à l’aventure

Accréditation presse : oui

Album photo


Et donc j’étais dans la file d’attente pour le concert de Jack White, posé au soleil dans un fauteuil de camping, tranquille. Devant moi, je voyais la grande scène sur laquelle chantait Stevie Wonder, j’étais bien, et je me suis dit : « Putain, j’ai quand même bien fait d’ouvrir un blog ! ». Mais reprenons depuis le début.

Quand le Hellfest m’a dit que j’étais en mesure de recevoir une accréditation presse, j’ai été pris d’une sorte de frénésie un peu stupide qui m’a fait remplir plein de formulaires pour voir ce que je pouvais obtenir, même si c’était hautement improbable. Dans le même temps, alors que je travaillais sur le festival Elixir, j’ai appris l’existence d’un grand festival au Danemark créé dans les années 70. Je note le nom, le Roskilde, et je vais voir si je peux trouver des infos dessus. Bingo, il existe toujours et c’est devenu l’un des plus grands d’Europe. Je regarde l’affiche et j’ouvre des grands yeux : The Rolling Stones, Stevie Wonder, Damon Albarn, Electric Wizard, Arctic Monkeys, Manu Chao, Major Lazer, Carcass, Kasabian… Le genre de prog que je n’aurais jamais imaginé en gros. Et comme j’étais dans l’état d’esprit « qui ne tente rien n’a rien », j’ai envoyé une demande d’accréditation en me marrant, ne pensant pas une seule seconde être accepté avec mon petit blog stupide. Et donc, quelques semaines plus tard, alors que je n’y pensais plus du tout, j’ai reçu un mail pour me dire que j’étais sur la liste.

J’étais complètement sonné. Un des festivals les plus importants d’Europe, qui programme les Rolling Stones, accepte que je vienne le chroniquer ? Même en me disant que c’est normal, ils ont des milliers de journalistes sur place et sans doute peu de Français qui font le déplacement, ça reste insensé je trouve. Toujours est-il qu’après pas mal de réflexions et de comparaison de prix de billets d’avion j’ai sauté le pas et confirmé ma venue en achetant mon accréditation. Ouais, au Roskilde l’accréd n’est pas gratuite, il faut débourser une soixantaine d’euros pour l’obtenir, une fois la candidature validée. Ce qui, au regard du fait que le prix normal est de plus de 300 euros et que de toute façon c’était complet depuis des mois, est une affaire. Oh, je vous ai dit que les Rolling Stones y étaient programmés, au fait ?

Bref, j’ai fini par intégrer le fait que je partais au Danemark pour quatre jours de festival. J’ai préparé mes affaires, échangé quelques euros contre des couronnes et youpi c’est parti pour l’aventure ! C’est vraiment délire de partir en fest en avion. Pour pas payer de supplément j’avais juste ma tente en soute, un petit sac à dos et mon sac de couchage à la main, autant dire que c’était assez marrant comme situation. Même si j’allais au Danemark pour le festival, je me disais que c’était bête de ne pas profiter du tout du pays, alors j’ai pris un vol qui me faisait arriver assez tôt sur place pour pouvoir visiter un peu la capitale. Le souvenir que j’en ai c’est que c’était massif, des gros bâtiments imposants, des grandes rues pleines de cyclistes. Beau, mais crevant.

Copenhage

Ce genre de chose.

J’ai eu le bon réflexe de me rendre de suite à l’office de tourisme pour chopper un plan histoire de pas me perdre et j’ai pu voir tout plein de choses très sympa : des églises, des quais, des fontaines… Et ce toujours avec ma tente et mes deux sacs sur le dos, c’était la fête. Bien que crevé et ayant hâte de me rendre au festival, j’ai poussé jusqu’à la statue de La Petite Sirène, parce-que merde quoi. Comme prévu, c’était plutôt moyen mais j’étais heureux, j’ai même écrit des cartes postales devant.

La petite sirène

#vacances #tourisme

De retour en plein centre, j’ai pris le train pour parcourir les 30 kilomètres qui sépare Copenhague de Roskilde (parce-que Roskilde en fait c’est le nom du patelin où se déroule le fest) Et moi je stresse quand je voyage comme ça, j’ai toujours peur de me planter quelque part et que ça flingue tout, dans le genre descendre au mauvais arrêt. Ça ne m’arrive jamais, mais je m’angoisse avec ça tout le temps c’est fatigant. Là typiquement il ne fallait pas que je descende à l’arrêt dédié au festival mais à celui du centre-ville de Roskilde, pour ensuite prendre une navette qui se rendait à l’accès ouest où se trouvait le bureau des accréditations, où je devais récupérer mon bracelet. Je me suis rendu malade à force d’imaginer que j’allais me tromper quelque part, mais comme toujours je n’ai eu aucun problème. MAIS COMPRENEZ MOI, LES GENS ME PARLAIENT EN ANGLAIS C’EST QUAND MÊME PAS SIMPLE ! Et alors, enfin arrivé sur place, mon bracelet au poignet, je pouvais entrer affronter le Roskilde.

Le festival de Roskilde c’est vraiment grand. Non, je précise : c’est grave démesuré. A force de faire des festoche, je ne m’inquiète plus du fait de me rendre à un qui m’est inconnu, je sais faire : où que j’aille je sais trouver le camping, un coin pour poser ma tente et ensuite me repérer entre les scènes, easy. Sauf qu’au Roskilde, c’est un peu différent. Déjà faut savoir que je suis entré par l’accueil VIP/presse et qu’en voulant me rendre au camping je me suis trouvé sur un immense no man’s land, avec quelques stands mis en place mais personne pour s’en occuper, quelques gars passant de-ci de-là, mais globalement c’était vide. Je n’avais aucune idée d’où j’étais, et surtout quelle direction prendre pour trouver le camping. J’ai fini par comprendre : en fait j’étais sur le site des concerts, mais avant le jour d’ouverture ; seuls les VIP, les techniciens et autres pouvaient passer par là. Du reste, j’étais paumé, alors je demandais aux personnes croisées où je pouvais poser ma tente vu que je ne voyais aucun camping à l’horizon. Les premiers m’ont indiqué une direction vague genre « this way ». Je ne trouvais pas plus alors j’ai questionné un autre type :

« Excuse-me, where can I put my tent ? »

« Where do you want to go ? »

« I don’t know, I just want to plant my tent. »

Là, le mec a pris un air désolé et m’a dit, tout en désignant une nouvelle fois vaguement un endroit : « You know, it’s a big place… »

Ça commençait à m’inquiéter un peu, mais j’ai réussi enfin à trouver la sortie du site des concerts. Et j’ai compris. Le camping démarre directement aux portes du site et s’étend à perte de vu. C’est pas comme les autres festoches où les lignes de vues sont bloquées par des arbres ou quoi, là on pouvait vraiment voir au loin les tentes s’amonceler, sur un terrain un peu vallonné. J’avance sur le camping, sonné par le gigantisme de l’endroit, en essayant de trouver le premier endroit possible pour me poser. Je marche, je marche, je marche, il y a du monde partout, certains sont ici depuis déjà une semaine, j’erre littéralement. Je finis par me reprendre et arrête un bénévole pour lui demander où il y a de la place :

« Hey man, I don’t understand this place, I think I’m kind of lost.. Where can I find some place for my tent ? »

« I think maybe you’ll find some in the area P »

Area P ? Je comprends que le camping est divisé en zones et j’aperçois des piliers disséminés un peu partout avec des lettres pour se repérer. Et au loin, très loin, là où je n’imaginais même pas que le camping pouvait encore s’étendre, la zone P. Résigné, je me dirige vers là-bas tout en continuant à mater s’il ne reste pas un coin pour moi et, miracle, je trouve juste ce qu’il faut pour planter mon campement pas beaucoup plus loin de là où j’ai arrêté le bénévole, à la zone K. J’étais super soulagé, ma tente dépassait un peu de la zone délimitée mais ça ne posait pas de problème, et mon voisin m’a proposé du chocolat dès que je suis arrivé. Que demander de plus ?

OCTOPUS

J’avais planté ma tente en face de cette grande pieuvre.

Donc moi je me trouvais à l’agora K, en plein milieu de Relax City. Faut que j’explique ça aussi : je pense que j’ai été clair, le terrain de camping est immense. Tellement immense qu’il est divisé en deux côtés, est et ouest, lesquels sont eux-mêmes en partie divisés en « villes » à thème. A l’ouest il y avait Street City, ambiance urbaine avec, entre autre, un putain de skate-park dans lequel je suis resté scotché un petit moment, et Game City, avec mur d’escalade, paniers de basket, compétition sportive… Complètement fou. De mon côté, je me suis retrouvé par hasard à Relax City : séance de yoga le matin, grand lac pour se baigner ou pêcher, hamac à disposition, bref l’endroit idéal pour chiller tranquille. C’était génial. Mais la ville la plus incroyable c’était Dream City : chaque matin pour me rendre sur le site je prenais le même chemin, qui passait par un endroit dégagé parce-que trop en pente, ce qui permettait d’avoir une superbe vue sur un grand pan du terrain, puis par Dream City. Dans cette ville, les campeurs n’étaient pas là depuis une semaine, mais un mois. Ils avaient préparé leurs campements sur plusieurs mois, avec les conseils d’architectes, d’urbanistes, de bricoleurs et tout, et les ont mis place un mois avant l’arrivée des autres festivaliers. Parmi les projets il y avait une église en bois, violette, qui organisait des vrais mariage, un camp métal en forme de pentacle, qui diffusait du gros son à chaque fois que je passais devant, un espace pour se poser dans de l’herbe tenue très propre… C’était tout bonnement inimaginable et je n’arrivais pas à me lasser de passer par là. De nuit pareil, je faisais forcément un tour par Dream City : à côté de leur espace il y avait un étang, au bord duquel avait été installé une palissade, sur laquelle il y avait des LED, avec un numéro qui était indiqué sur lequel on pouvait envoyer des SMS qui étaient diffusés en grandes lettres qui se reflétaient dans l’eau. Est-ce que j’ai dit que c’était fou ?

Reflet

Ok, la photo est dégueulasse, mais c’est pour illustrer.

Un autre truc génial de Dream City c’était que plein de mâts avaient été installés sur lesquels flottaient des drapeaux faits par les festivaliers eux-mêmes : il y avait un petit atelier avec un bénévole qui fournissait la toile et la peinture et on pouvait faire ce qu’on voulait, alors bien sûr j’ai fait un drapeau Une épopée estivale. Le gars m’a dit que les drapeaux étaient la propriété du Roskilde et qu’ils seront gardés, alors peut-être que le mien réapparaîtra un jour !

Je ne suis pas certain que vous avez bien saisi combien c’est immense comme camping alors je rajoute une couche : du côté est il y a une gare qui est installé le temps du fest. Une gare, avec un train qui s’arrête directement dans le camping. Une. Putain. De. Gare. Genre, je suis rentré sur Copenhague pour prendre l’avion en TRAIN. Sans pression. Le corollaire à ça c’est que pour passer du coté est au côté ouest il fallait emprunter une passerelle passant au-dessus des rails, un peu comme au Hellfest mais avec un étage en plus, c’était chouette.

D.CITY

Tout est dit.

J’ai pu visiter le camping pendant mon séjour, même si je préférais bien sûr consacrer mon temps à voir les concerts. J’ai pu me rendre notamment compte que c’était ultra-crade, les festivaliers laissaient tout traîner partout et ça avait tendance à s’accumuler de manière dégueulasse. Heureusement, moi je me trouvais dans un coin du camping « silent and clean » (silencieux et propre) et tant mieux. En même temps, la bière se vendait par paquet de 24 canettes, donc bon… De la bière TUBORG ! J’en fais la pub ici, on la voyait un peu partout, c’est le gros sponsor du festival. Ce qui était marrant c’est que pour moi ça ne changeait rien vu que je ne la connaissaitspas du tout, ça ne me choquait pas. Je crois pas qu’on la trouve en France.

Le fait d’être dans un coin silencieux du camping était plutôt appréciable aussi, vu que sur la majorité des campements il y avait des systèmes d’enceintes pour passer du son. Ça allait des toutes petites baffles aux machins énormes, que je ne comprends même pas comment les mecs ont pu ramener tellement c’est gros. Alors ça mettait l’ambiance, quand je rentrais la nuit j’entendais partout partout des gens faire la fête autour des caissons. Je n’en ai pas vraiment profité moi, déjà parce-que j’étais tout le temps complètement éclaté de voir des concerts de 12h à 3h/4h du mat’ et surtout je me sentais en décalage avec tout ce qu’il se passait, comme si j’étais plutôt un observateur passif de la fête qu’un vrai participant actif. J’ai vraiment eu du mal à atterrir en fait, je trouvais tout tellement fou que je n’arrivais pas à prendre du recul, je n’arrivais qu’à me promener en ouvrant des grands yeux, en discutant un peu avec des gens mais sans réussir à m’intégrer. C’était génial et étrange.

Camping

Et comme vous pouvez le voir, il y avait à balle de tonnelles

En fait, le Roskilde se déroule sur plus d’une semaine, il y a plein de gens qui viennent plus tôt pour profiter au maximum de l’ambiance. A tel point que des mini-camping sont prévus aux abords des campings principaux en amont de l’ouverture de ces derniers pour que les personnes qui veulent être les premières à poser leurs tentes puissent attendre sans faire de camping sauvage. Mais les types sont tellement excités qu’il y a une tradition qui fait que les barrières sont systématiquement renversées plus tôt que prévu le jour même de l’ouverture officielle. Pour occuper tous ces gens, j’en ai parlé, il y avait des activités genre skate-board. Mais aussi des scènes avec des programmations à part entière 3 jours avant que le véritable festival commence, c’est vrai que quatre jours de concerts ce n’est pas assez. Ils appellent ça Warm-up, c’est-à-dire l’échauffement ; pour qu’on comprenne bien, c’est déjà plus gros que pas mal de festivals : 3 jours de fête, 12 groupes par jour, deux scènes. Et le vrai festival n’a pas encore commencé, c’est cool hein ? Bon, moi je ne suis arrivé que le mercredi soir et je n’ai pas trop pu en profiter, à peine vu un groupe. J’étais trop mort donc je suis allé me pieuter pour pouvoir profiter de la journée à venir !

Mais je m’arrête là pour cet article, on va le faire en deux parties. Dans la prochaine, on va causer de ce que j’ai pu voir sur le site des concerts !

Flag

C’est comme ça et pas autrement.

HELLFEST

header

HELLFEST !

 Quoi : Hellfest Open Air

Où : Clisson (Loire-Atlantique)

Quand : du jeudi 19 au dimanche 22 juin 2014

Avec qui : en famille et amis

Accréditation presse : oui

Album photo


Le Hellfest Open Air Festival n’est pas un festival de métal. C’est bien plus subtil que ça, c’est un festival de musique extrême, et cet article va s’intéresser à cela.

Musique extrême : Evidemment, c’est le premier point qui vient à l’esprit et on dit volontiers que le Hellfest c’est du métal. Et Status Quo alors ? Et Flogging Molly ? Blues Pills ? C’est pas franchement l’idée que je me fais du métal. En ce qui me concerne, je suis fondamentalement rock ce qui fait que j’aime mieux les groupes qui piochent dans les héritages blues et rock que ceux s’en éloignant ; pour schématiser je suis plus souvent sous la Valley (stoner et cie) que sous l’Altar (death-métal). Ça ne m’empêche pas d’apprécier le Black et d’adorer Carcass, mais bref, si on en restait à la définition du festival comme « métal », la présence de certains groupes serait contestable. Et d’ailleurs elle est contestée, on le voit bien sur le forum du site où certains se plaignent de la programmation de tel artiste, présence que d’autres vont défendre sous prétexte que « mais si, sans Status Quo il n’y aurait jamais eu le métal ! » Mouais. Alors que si l’on prend le prisme de la musique extrême ça se tient beaucoup mieux : oui Status Quo est un groupe extrême, au moins contextuellement. Bien sûr maintenant à côté de Slayer on peut rire un peu, il n’empêche qu’à une époque le groupe l’était, extrême, face au reste du monde musical. Bref, un groupe est extrême par le son, certes, mais aussi par ses revendications, ses messages, son contexte.

On peut d’ailleurs pousser la réflexion plus loin en disant que le Hellfest est un rassemblement de musique extrême, divisé en plusieurs festivals spécialisés que sont les scènes : black métal sous la Temple, hard-rock sur la Mainstage 01 et thrash sur la 02, punk sur la Warzone… En effet on peut passer les quatre jours à écouter du métal, mais on peut très bien ne pas en entendre du tout. Bien sûr, c’est aussi une question de définition mais il est clair que s’il y a bien des personnes concernées par l’usage des étiquettes, ce sont les métalleux. D’où l’intérêt de parler de musique extrême, pour ne pas tout confondre.

Programmation extrême : Clairement imbattable, le Hellfest a eu la programmation la plus folle des festivals de l’été. On reprend ensemble les têtes d’affiches, juste comme ça ? Black Sabbath, Aerosmith, Iron Maiden, Deep Purple, Status Quo, Soundgarden, Rob Zombie, Slayer, Avenged Sevenfold, Emperor, Death (DTA), Carcass, Opeth, Watain, Gorgoroth, 1349, Electric Wizard, Monster Magnet, Clutch, Unida, Kvelertak, Turbonegro… ça fait un peu bizarre de se dire que TOUS ces groupes se sont retrouvés sur la même affiche, non ? La programmation était tellement extrême que même les programmateurs ont avoué ne pas avoir cherché ça, aurait préféré pouvoir étaler la venue de toutes ces légendes sur les années, et estiment qu’il faudra revenir à une affiche plus raisonnable pour les années suivantes, ne pas continuer sur cette lancée. On peut d’ailleurs voir qu’en 2015 les groupes sont plus équilibrés, piochés dans les différentes dernières décennies (mais l’affiche reste monstrueuse. Et extrême) Oh, et si vous n’êtes pas convaincu par mon argumentaire, dites vous qu’il y avait même Extreme ! (le groupe !)

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Le concert de Black Sabbath était exceptionnel. Ozzy avait l’air vieux et fou, c’était parfait.

Découverte extrême : le corollaire à cette programmation dantesque c’est qu’il n’y avait pas que des légendes, mais aussi des groupes moins connus à découvrir. Et là pareil, ça a été la fête. Je vous la fais courte pour ne pas vous assommer de noms, mais dans ce que j’ai pu voir de convaincant il y avait Conan, Caspian, Satan, Kadavar, Kvelertak, Mos Generator, Carcass, COBRA !!!, Year of the Goat, Lowrider, House of the Broken Promises, Emperor et Iron Maiden (sans rire, je ne connaissais presque rien du groupe !) Pas mal pour un seul festival, pas vrai ? Et ça ne compte bien évidemment pas les tous les groupes que j’ai vu – donc découvert – mais qui ne m’ont pas laissé de souvenir impérissable.

Lowrider

Lowrider, ça c’est un groupe génial. Je connaissais mal et j’ai été soufflé.

Accréditation extrême :  Normalement pour chopper une accréd’, il faut remplir tout un formulaire qui explique qui on est, ce qu’on fait, notre projet d’écriture sur le fest, tout ça. Là, j’ai juste envoyé un mail au lien « contact » sur le site du Hellfest en envoyant l’édition de 2013 de Une épopée estivale pour recueillir un avis, sans penser aux accréditation presse que je pensais inaccessibles pour moi de toute façon. Dès le lendemain (un dimanche !) un certain Roger me répond que mon blog est cool et que je pouvais avoir une accréd’ pour ça. Problem anyone ? Jusqu’au jour même du festival j’ai gardé ma place achetée l’année précédente, pensant que ça devait être une erreur et que je ne serai pas sur la liste à l’accueil. Force est d’observer que si, alors merci Roger !

Fan extrême : Une fois récupéré mon pass presse, j’ai donc dû revendre ma place. Ça ne m’étais jamais arrivé d’avoir à faire ça et je ne savais pas du tout comment ça se passait. J’avais un peu peur de devoir rester plusieurs heures comme un crétin jusqu’à tomber par chance sur une personne cherchant un ticket… Ruminant ces sombres pensées qui m’obsédaient depuis plusieurs jours, je sors ma feuille A4 annonçant laconiquement « vends pass 3 jours », ai le temps de marcher 30 secondes en dévisageant les gens autour de moi avant de me faire arrêter par un type intéressé. Problème réglé pour moi. Le gars était espagnol et arrivait de Finlande pour passer le festival avec des amis à lui et cherchait une place. Il l’avait plutôt mauvaise parce qu’il s’était déjà fait arnaquer de 200 euros par un sale con lui ayant revendu une fausse place. C’est là que je trouve le mec extrême, il a déboursé 390 pépère pour pouvoir entrer dans le festoche, c’est pas mal. Moi j’avais prévu de faire la queue avec lui pour qu’il voit bien que j’étais de bonne foi, et heureusement vu que c’est ce qu’il m’a demandé de faire. Arrivé au bout, il voit que je ne suis pas un arnaqueur et me donne 190 euros en cash, ce qui m’amène à…

Argent extrême : j’étais pété de thune sur le festival, c’était carrément flippant. C’est même pas mon délire d’acheter des choses à l’Extreme Market (le marché extrême, vous voyez où je veux en venir ?) alors j’ai fait ce qu’il y avait de mieux à faire : distributeur de billets vivant, notamment pour le pote de mon père qui s’était fait piquer son fric, pour le coup.

KDVR

Kadavar, j’avais hâte de les voir, j’ai pas été déçu. C’est du lourd.

Honte extrême : Le jeudi au Hellfest le site des concerts n’est pas ouvert mais il y a des animations un peu partout : groupes jouant au Metal Corner, magasins et stand divers ouverts. Parmi ces stands extrêmement classes (on se serait cru dans un décor de film) j’en ai repéré un, le Volcom, qui proposait de jouer du playback sur des classiques de métal, armé d’une guitare. Genre on entend la guitare mais on joue par-dessus, j’ai vu des gars le faire, la chanson passait et eux se débrouillaient par-dessus. Je me suis dit « ce serait génial si on faisait ça avec mon frère, qui est chanteur, genre on connaît tous les deux à peu près Iron Man, si on pouvait jouer ça devant papa ce serait délire !! ». En repassant devant le stand plus tard avec ces deux derniers, je propose l’idée à mon frère qui est carrément chaud pour tenter le coup. On s’installe donc pour jouer devant quoi, facilement 50 personnes ? En une dizaine d’années de pratique de guitare je n’ai presque jamais joué devant personne, mais là c’était différent, on faisait semblant ! Sauf que non, la chanson démarre, et je me rend compte avec horreur qu’il n’y a pas de piste de guitare, c’est à moi de tout faire. Ce que j’ai pris pour du playback plus tôt dans la journée c’était juste des gars connaissant note par note les chansons. Iron Man, je la connaît vite fait, genre les riffs et vite fait le solo, mais je ne l’ai jamais apprise par cœur. Je pensais pouvoir me dépatouiller par-dessus la version originale… Au lieu de ça, ce fut un moment très douloureux à passer, devant beaucoup trop de témoins ! En vrai on s’en fout, avec mon frère on faisait ça pour déconner et on s’est bien marrés. Mais quand même, j’ai toujours un peu de mal à écouter Iron Man et encore aujourd’hui, en tapant ce texte, j’ai un nœud dans le bide en y repensant.

VOLCOM

On pourrait presque imaginer que je gère, mais j’étais perdu.

Famille extrême : et donc ouais, on était en famille là-bas. C’est la première fois que mon frère venait au Hellfest, attiré par quelques noms qui l’ont fait décoller de Brest, et c’est lui qui a eu les attitudes les plus hardcore. Le premier jour il s’est fait le pire coup de soleil que j’ai jamais vu, c’était terrible. Il a passé le reste du fest avec un chapeau à la cool. Les groupes qu’il voulait absolument voir c’était Iron Maiden et Emperor. Pour le premier, il a attendu tellement longtemps devant la scène le ventre vide qu’à la fin du concert il espérait qu’il n’y aurait pas de rappel, il se sentait à la limite de tomber dans les pommes. Pour Emperor, il a un peu mieux géré, pris à manger et moi je passais de temps en temps le ravitailler en eau. Et il valait mieux, il a attendu HUIT HEURES devant la scène. Extrême petit frère.

doc

Il y avait aussi un stand Doc Marten’s dans lequel on pouvait se prendre en photo. On ne s’est pas privés !

Climat extrême : je parle de ravitaillement en eau, et ce n’est pas anodin. Les conditions climatiques étaient extraordinaires et ont vraiment contribué à ce week-end de folie. Il faisait extrêmement chaud. Comme jamais en festival. Les points d’eau étaient tous pris d’assaut, pour boire, remplir les bouteilles, humidifier ses vêtements. C’était taré, d’autant que c’est pas l’habitude du tout au Hellfest et que rien n’est prévu pour parer à ça. Et c’est bien normal, c’était clairement inimaginable. Et si il faisait chaud, c’était aussi très poussiéreux. Très très poussiéreux. Je ne sais pas si vous en êtes conscient, mais les amateurs de musique extrême aiment bien courir en rond pendant les concerts, sauter dans tous les sens ou les uns sur les autres. Et ça fait beaucoup de poussière, des nuages entiers. Ma mère s’est un peu moquée de moi en me voyant partir avec un bandana, pensant que je voulais frimer avec ça autour du cou, puis a vu les images du festival et a compris l’utilité de la chose, voir plutôt son indispensabilité. D’ailleurs je crois que c’est le premier truc qui a été en rupture de stock au stand du festival. On a tous espéré qu’une pluie d’orage éclate pour fixer la poussière au sol, mais rien, à peine quelques gouttes ! Et encore une fois je le dis, même si c’était des conditions normalement intenable, heureusement que ça a eu lieu au Hellfest, en ce qui me concerne ça a rajouté une couche extrême au week-end, rendant le tout encore plus fou que prévu.

Jerrican Nachos

Le soleil, la poussière, la vie.

Marché extrême :  Vous le connaissez, j’en ai déjà causé, l’espace de boutiques du Hellfest est juste hallucinant et immense, plus que partout ailleurs. On y trouve de tout et c’est génial de s’y balader, mais je ne m’y suis pas trop attardé cette année, la faute de l’avoir placé hors du site des concerts. Alors évidemment c’est une très bonne idée en terme de gestion de l’espace, ça permet de l’ouvrir le jeudi et dans tous les cas les acheteurs retournent à leur tente déposer leur vinyle pour ne pas l’abîmer. Mais pour les stakhanovist comme moi qui ne repassent jamais par le camping, ça fait rater cette partie là. Pas grave, j’y suis allé le jeudi ! Mais sur le site, il y a aussi un stand dédié à la boutique officielle du Hellfest. Ils ont de plus en plus de trucs variés, des traditionnels t-shirts, bandana, casquettes… aux plus originaux briquets, bougies et coques de téléphone… et aux franchement improbables pare-soleil ou tétine pour bébé. Mon préféré reste clairement Hellfy, la nouvelle mascotte du fest, une petite peluche marionnette pour les enfants. Ou pour les gens, comme moi, qui aiment bien les peluches.

Hellfy

Alors ça c’est Hellfy devant les Rolling Stones, au festival de Roskilde deux semaines après.

Bouffe extrême : Tant qu’à être dans les stands, parlons bouffe. Là aussi le Hellfest tape juste en proposant un max de choix. Je m’arrête juste sur la Rôtisserie de Satan, conseillée par mon frère le samedi, testée le dimanche posé devant The Bones : ils vendent un quart de poulet, et c’est un des repas les plus délicieux de ma vie. A la fin de la barquette, le poulet se mêlait au légumes et à la mayonnaise, j’en ai encore l’eau à la bouche !

Concerts extrêmes : Bon, mais dans tout ça il y avait des groupes qui passaient. Comme d’hab je n’ai pas pris une minute de repos, ce qui implique toujours me diriger vers un concert quand celui que je matais était fini – ou moyen – et m’amuser toujours à fond quand c’était possible : pogos, circle pit, un peu moins de slam que d’habitude mais quand même, je me suis régalé cette année encore ! D’ailleurs, le fait de savoir que j’allais écrire sur la fête pendant l’hiver m’a donné des ailes pour faire certains trucs que je n’aurais jamais imaginé sinon, genre me filmer slammer sur Paranoid de Black Sabbath. Et c’était grave cool. Je suis pas très bon pour critiquer les prestations des artistes un à un, par contre mon frère le fait. Alors on a pas vu les mêmes choses et on a pas eu forcément les mêmes avis, mais bon, son avis vaut bien le mien pas vrai ? Si ça vous intéresse c’est par ici.

Cobra extrême : Comment ne pas parler de Cobra ? De prime abord je ne pensais pas aller les voir, j’avais déjà eu l’occasion à Panoramas, ils jouaient moins longtemps au Hellfest, et puis il y avait Blues Pills en même simultané. J’ai pas pu tenir plus d’une chanson, j’ai dis merde à Blues Pills et j’ai couru à la Warzone pour voir Cobra. J’ai bien fait, c’était formidable. Je veux dire, la musique est bonne et l’ambiance aussi. Matinale mais survoltée. Les discours étaient géniaux, entre « LUCIFER, TU ES MON MAITRE, JE TE L’IMPLORE OUVRES LES CIEUX ET DESCENDS SUR TERRE ! » et « Clisson, terre de chouans ! De fils de chouans, de petit-fils de chouans ! » On a bien rigolé, on s’est bien défoulé. Sur la vidéo qui suit, vous pouvez d’ailleurs m’apercevoir à 0.40 min sauter partout dès que le pogo démarre, puis à 4.00 min fermer la chenille. C’est formidable quand même.

Fatigue extrême : Bien sûr, tout cela était épuisant. Y’a eu Clutch le samedi, c’était ultra-blindé. C’était sous la Valley, et d’habitude sous cette scène-là tu t’en sors bien placé même en arrivant 5 minutes en avance. Là, clairement non. J’ai quand même pu me glisser devant, parce-que je suis un sale con un petit malin, et le concert démarre par The mob goes wild et c’est la folie et ça pogotte comme jamais et c’est génial. A la fin de la performance, je me suis posé dans un coin de la tente, et je suis resté là, éteint, pendant une heure. Mon frère m’a vu et m’en parle de temps en temps, il ne m’avait jamais vu aussi crevé. J’ai finalement réussi à me lever et me trainer jusqu’à la Main Stage où passait Deep Purple. Ça me crevait le cœur de rater Monster Magnet, mais dans l’état où je me trouvais je n’aurais pas profité. Et puis Deep Purple était mou, alors tant mieux, c’était reposant, et ça m’a permis d’être pas si mal placé pour Aerosmith qui a fait un concert génial. Putain de festival de fou n’empêche.

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Et ça, c’était génial bien sûr. Electric Wizard.

Magie extrême : j’en cause là.

Décoration extrême : Un des aspects top du Hellfest c’est le soucis apporté à la décoration, et cette année les organisateurs ont fait les choses en grand. On avait toujours la porte du muscadet, les flammes allumées à la tombée de la nuit, la cathédrale géante de l’entrée, et en plus il y avait un corbeau géant tirant des laser avec les yeux. Ah oui, et une putain de grande roue. L’annonce de son installation a été pas mal critiquée, et pourtant on peut que dire que ça avait de la gueule, ça emplissait bien l’espace visuel et c’était joli la nuit. Je n’ai pas pris le temps de monter dessus, mais mon frère m’a dit que c’était très sympa. On peut lui faire confiance, il l’a testé deux fois pour être sûr.

Crôa

Crôa crôa, I’m a crow motherfuckers.

Passerelle extrême : La ville de Clisson a demandé d’installer une passerelle au-dessus d’une route, suffisamment haute pour pouvoir laisser la place aux camions. Cette passerelle se trouvait entre l’entrée et le camping. Je vous laisse imaginer la gueule des gens trimbalant leur sac de bouffe, alcool, tente… en voyant le monstre à gravir. Chaque passage la tente impliquait de devoir s’y confronter. « Un enfer pour les mollets » dixit mon père.

Petit-déj extrême : Cette année on a dû se garer sur un parking loin, c’était très désagréable pour rejoindre le camping avec toutes les affaires. Ouin ouin ouin, je me plains. Toujours est-il que je n’hésitais pas à parcourir le chemin les trois matins pour boire un orangina, manger une salade de fruit, faire chauffer de l’eau et me préparer une cup noodle que je mangeais sur le chemin du retour pour me caler le bide pour une partie de la journée. Hardcore.

Public extrême : Le public du Hellfest est extrêmement gentil, marrant, poli, attentionné, déconneur, agréable. Tout festival confondu, c’est celui où je suis le plus à l’aise. On a pu entendre des gens se plaindre de l’ouverture de plus en plus prononcé au grand public, qui connaît moins les codes de l’univers métal et les bonnes manières du festivaliers, mais perso je n’ai pas du tout subis ça. Moi j’ai juste vu des gens cool. Et un peu fous, ouais.

Zazou

J’ai vu ce type slammer des dizaines de fois sous la Valley. Bisous.

Camping extrême : J’en ai déjà parlé l’année dernière, je ne vais pas remettre une couche sur le camping qui n’a pour ainsi dire pas grandement évolué. Par contre, cette fois j’ai une photo de caddie ayant subis les traditionnels « stock-car avec des caddies » du Hellfest.

Stock-caddies

Des images insoutenables.

Fête de la musique extrême : Aerosmith, Deep Purple, Clutch, Status Quo… le 21 juin, ça a plus de gueule que le groupe de reprises de ton voisin.

Reproches extrêmes : Non parce-que, à force de faire des compliments au Hellfest, de n’en dire que du bien, on va finir par croire que j’ai reçu une entrée gratuite, genre une accréditation presse ou je ne sais quoi, et que je me sens obligé d’en dire du bien ! Ce n’est pas le cas, je trouve franchement que tout ce fest est génial, voilà. Mais bien sûr, il est améliorable. Evidement on peut penser aux points d’eau et aux mesures pour contrer la chaleur qui n’étaient pas suffisantes, mais ce serait en peu vache de les attaquer là-dessus. Pour autant, y’a un truc que je n’ai pas compris, c’est en ce qui concerne les changements de dernières minutes. Genre Trivium et Death Angel qui sont intervertis, mais pas de rien, ils ont échangé entre 17h50 et 01h05, c’est pas du tout la même chose. Les autres années ces changements étaient bien indiqués, aux bars, sur les écrans géants et tout. Là, je n’ai vu quasiment nulle part, on me l’a juste appris au stand où j’ai récupéré mon running order. C’est assez fou, d’autant que sous le corbeau géant il y avait l’ordre de passage, la moindre des choses aurait été de l’indiquer ici, même au marqueur, au pire on s’en fout de l’esthétique, l’aspect pratique est plus important. Le résultat des courses c’est que j’ai prévenu toutes les personnes portant un t-shirt Trivium que je croisais que le concert serait bien plus tôt, et aucun n’était au courant. Le bad.

Autre point de reproche, la présence de nanas dénudées. Je ne parle pas des festivalières qui avaient trop chaud ou qui voulaient s’habiller de façon sexy, elles font ce qu’elles veulent et je m’en fous. Ce qui m’a dérangé, ce sont les artistes embauchées par le festival pour être présentes sur le site en petite tenue. Souvent elles faisaient des petits spectacles de jonglage en feu. Ça me pose un problème : ça n’a rien à voir avec les musiques extrêmes. Bon si, ça fait un peu partie de l’imagerie de certains groupes glam et hard-rock, mais ça reste minoritaire quand on y pense. Là, j’avais vraiment l’impression de voir des femmes objets placées pour le plaisir des yeux de certains festivaliers. Perso, ça me gène, je ne vais pas en festival pour tomber sur des spectacles de charmes, je trouve ça presque agressif. En plus, je ne trouve pas leur performance très intéressante : j’ai déjà vu des personnes jongler avec des accessoires enflammés et ça avait de la gueule. Ces nanas là sont juste à poil et se passent des flammes sur le corps, c’est pas très intéressant artistiquement parlant, de mon point de vue. La deuxième chose qui me dérange là-dedans c’est pourquoi les organisateurs ont jugé bon leur présence ? Si elles ne sont là que pour le plaisir des yeux, on devrait trouver le même genre de spectacle dans d’autres festivals non ? Je ne pense pas que ce soit l’aspect sulfureux et extrême du métal qui justifie leur présence, et malheureusement j’ai juste l’impression que ça ne renvoie que l’idée que le métalleux est une gars beauf qui aime voir des meuf à poil. Et ça m’attriste.

Vraiment, non.

Non.

Conclusion extrême : c’est un peu dommage de terminer l’article par ces menus reproches qui ne gâchent à aucun moment l’expérience du Hellfest Open Air. Donc pour être sûr que tout le monde ait bien compris mon avis sur la question, je précise : c’était extrêmement cool, extrêmement qualitatif extrêmement drôle, extrêmement extrême.

Cathédrale

« Merci, et à bientôt ! »

RENDEZ-VOUS CONTES

RDV CONTES

C’était joli.

Quoi : Festival Rendez-Vous Contes

Où : Quimper (Finistère)

Quand : samedi 24 mai 2014

Avec qui : en famille (du côté de mon amoureuse)

Accréditation presse : non


Vous savez quoi les copains : il n’y a pas que des festivals de musique. C’est fou hein ? Genre les fest les plus importants en France c’est Cannes et Avignon, respectivement du ciné et du théâtre. Je sais, ça fait un choc quand on se rend compte que ce ne sont pas les Vieilles Charrues. Parce-que y’a pleeiiiin de genres possibles : festival de théâtre, cinéma, court-métrage, danse, performance, poésie… Et aussi de contes ; ça tombe bien parce-que dans cet article de Une épopée estivale, on va parler de Rendez-Vous Contes, qui a lieu à Quimper.

C’est une petite fête sur une journée organisée par la Maison Pour Tous d’Ergué-Armel. Pour autant, aussi petit que soit l’événement, la qualité est au rendez-vous (au rendez-vous contes, hahaha, on rigole bien ensemble pas vrai ?). La MPT propose des animations toute la journée autour d’un village dans lequel jouent plusieurs compagnies sur le mode de la déambulation. De ce HUB central – où on peut aussi se poser pour bouffer, boire un coup, papoter et tous les trucs habituels qu’on fait en festoche – démarrent différents parcours passant par plusieurs stations dans les environs de la MPT. Nous on est arrivés en soirée pour se confronter au Parcours Surprise, parce qu’on est comme ça nous, on aime les surprises. On a quand même pris le temps de profiter des décorations et des installations, on a fait un pic-nic, c’était super cool.

On savait qu’on allait voir trois conteurs à travers la déambulation, mais en plus de ça la Cie Anime Tes Rêves intervenait pendant les déplacements : toute une histoire à base de purification par l’amour racontée par des dames posées sur des échasses, je ne me souviens plus trop mais ça mettait dans l’ambiance ! D’ailleurs, j’ai toujours l’un des petits cailloux qu’ils nous ont fait récupérer par terre qui déforme la poche d’un de mes jeans. C’était vraiment sympa, le côté tout petit événement favorisait une atmosphère intimiste. Faut dire que c’est une fête autour du conte, ça nécessite par nature d’être une jauge réduite pour assister dans les meilleurs conditions aux spectacles. Enfin je dis ça, mais j’ai déjà vu un conteur conter devant une salle de théâtre entière et c’était sympa ; j’imagine que c’est le cliché du vieux monsieur qui raconte une histoire au coin du feu qui ressurgit quand je m’attends à un moment intime dès qu’on parle de conte. Toujours est-il qu’à Rendez-vous Contes c’est bien de cette ambiance dont on parle.

Au cours de notre promenade artistique nous avons donc assisté aux prestations de trois conteurs différents. Le premier arrêt se trouvait dans une classe de maternelle, ça faisait des années que je n’étais pas entré là-dedans, ça m’a fait bizarre de me poser sur une chaise pour gnome. Quand tout le monde est installé arrive Rémy Boussengui, en tenue du Gabon, avec les étoffes du coin et des instruments trad. Ça a donné un super conte à propos de tortues, de princesse et plein d’autres choses, avec une morale parfois un peu étonnante. Je ne me souviens pas trop en détail, mais certains trucs me faisait me dire que ça devait sans doute être des morceaux de sagesse que je ne devais pas bien comprendre. Rémy Boussengui est impressionnant, il a une présence très forte qui rend le moment passé en sa compagnie très dense, même si les effets utilisés sont très simples. Ce qui était bien c’est qu’on pouvait participer, et par là j’entends simplement répéter une des trois phrases qu’on a appris quand on nous fait signe. Un procédé habile et efficace, et surtout rigolo. Yéno !

parcoEurs LOL

Le vrai nom du parcours surprise c’était « L’amour du risque ». C’était l’information gratuite, ne me remerciez pas.

Après ce conteur, direction une salle (de spectacle ?) pour assister à la performance de Myriam Pellicane. Dans le dépliant c’était décrit comme « une parole instantanée et sensible qui voyage entre poésie, tradition et rock’n’roll ». Moi j’y ai surtout vu un gros bordel un peu vulgaire. Et attention, pas un bordel genre « ouaaah ça part dans tous les sens c’est trop psyché », non, plutôt dans le genre « mais qu’est-ce que c’est que ce truc incompréhensible ? » Et quand je dis vulgaire, pas dans le sens « oula, c’est osé mais assez subtil pour faire passer le message », non, je veux plutôt dire dans le sens « est-ce que cette nana est agressive envers son public ? ». Littéralement hein, à un moment quelqu’un s’est barré et elle l’a à moitié engueulé. Super ambiance. Je pense comprendre où elle veut en venir notez, elle doit viser un univers barré raconté par un personnage à qui il manque un fusible, de façon à ce que le spectacle soit assez fou pour être cool. Mais le résultat c’est plutôt une nana un peu larguée sur scène qui nage péniblement dans une histoire incohérente. Bah.

La troisième station c’était avec Olivier Hedin, qui a la double casquette de conteur et de crieur public. On a d’ailleurs reçu son « magazine », le Journal du Cri, dans lequel sont retranscris les différentes phrases qu’il a dû crier depuis ses débuts, comme par exemple « Lundi c’est le printemps ! » Sur la station, il nous a raconté une histoire un peu space, très osée et limite cul. Par limite, je veux dire que c’était totalement compréhensible, sans équivoque, à tel point que je me disais que les gamins devaient parfaitement comprendre de quoi on parlait. Moi ça me faisait marrer, pas de problème, mais je me suis un peu demandé ce que eux en avaient pensé, je ne saisissais pas trop le deuxième niveau de lecture possible. Un peu plus tard dans le parcours il nous a joué une chanson à l’accordéon, et c’était délire parce-que le personnage dont parlait la chanson avait une amoureuse du même nom que la mienne, ce qui est un sacré hasard ! L’aspect délire s’est néanmoins vite effacé quand on s’est rendu compte que la chanson était à propos de la guerre, et moi je n’ai pas du tout envie de faire la guerre. Du reste, c’était top et on a offert une sucette à ce gentil monsieur.

COUER

Purification par l’amour, tout ça.

Et puis donc on a fini le parcours, totalement purifié par l’amour. On est retournés à la place centrale,  où allait avoir lieu un concert de La Balluche du Saugrenue sous chapiteau. C’est un petit orchestre qui mélange musique de bal et rock. Enfin c’est ce qu’en disait le dépliant, nous on a décidé de ne pas rester, il n’y avait plus grand monde. C’était un peu dommage, on aurait imaginé que la fête allait battre son plein pour le final mais en fait les gens ont préféré s’en aller semble-t-il. Ce qui ne remet pas en cause le fait que l’ensemble de la journée, de l’organisation, du parcours, des installations… était vraiment super, et que c’est génial de voir une MPT se décarcasser pour mettre en place un évènement familiale comme celui-là, aussi agréable.

Les contes, c’était vraiment bien, et en plus ça fait pas de mal de changer un peu d’air de temps en temps, d’aller voir autre chose que des fest de musique. Perso je commence à les connaître assez bien et ça fait du bien de voir un autre type de fête, en plus quand c’est aussi cool !

PANORAMAS

Accréd'

Ma première accréditation presse !

Quoi : Festival Panoramas

Où : Morlaix (Finistère)

Quand : du vendredi 18 au dimanche 20 avril 2014

Avec qui : mon meilleur pote, sa copine et les potes de celle-ci

Accréditation presse : oui

Album photo


Vous savez ce que c’est un mauvais plan ? Un mauvais plan, ça commence d’abord par être un bon plan. Par exemple, la nana de ton meilleur pote va te dire : « Tu vas à Panoramas ? Ben je peux t’héberger si tu veux ! J’ai de la place, y’aura du monde, ça va être cool ! ». Moi je ne connais pas Morlaix, je ne sais même pas s’il y a un camping pour le festival, ça me semble être une bonne idée ! Plus tard, cette même copine te dit : « Pas de problème pour que tu viennes, mais en fait mes potes ne seront pas là, y’aura que toi ». On sent déjà le mauvais plan se profiler au lointain, mais en même temps ça reste la proposition la plus pratique. Le jour même, j’arrive à Morlaix, à l’adresse dite pour poser mes affaires avant les festivités. Je sonne, personne. J’appelle, pas de réponse. Vous le sentez le mauvais plan ? Bon, je suis pressé alors je laisse tout dans la voiture et je file au pas de course à l’ouverture du festival, avec discours des organisateurs, du maire, tout ça. Il y avait aussi un concert de Rodolphe Burger, mais entre temps je reçois une réponse pour mes affaires : ladite copine n’est pas là, mais sa petite-sœur est rentrée et prévenue, je peux passer déposer ma valise, pas de problème. Ok, je fais confiance. En effet, je retourne là-bas, je pose tout, je pars sur le site du festival. Je retrouve mon hôte sur place, qui m’explique que si elle rentre plus tôt que moi dans la nuit, il n’y a pas de problème, quelle que soit l’heure je l’appelle sur son portable, elle se réveillera et viendra m’ouvrir pour que je puisse passer une bonne nuit réparatrice. A ce moment précis, le mauvais plan paraît évident, en grosses lettres clignotantes, mais tant pis, et surtout trop tard. De fait, elle rentre plus tôt que moi ; quand j’arrive à sa maison et que je l’appelle, elle ne me répond pas. Même au bout de 20 appels. Résigné, je me dis que je vais passer la nuit dans ma voiture, garée de l’autre côté de la route, c’est pas si pire non ? Sauf qu’en avril il fait grave froid. Et que toutes mes affaires pour avoir chaud sont dans la maison fermée à double tour juste en face. Et que les navettes du festival passaient à côté de ma bagnole toutes les 10 minutes. Alors, maintenant que le mauvais plan est évident et installé, que faire ? La seule chose possible : rentrer à Brest à 5h du matin, dans la joie et la bonne humeur ! Bref, je pense que ça, c’était un mauvais plan.

Est-ce que ce mauvais plan m’a empêché de profiter du premier festival de ma saison ? Pas du tout ! Première chose, comment je me suis retrouvé à Panoramas ? Vous savez peut-être déjà que je n’y connais pas grand-chose en électro (si vous avez lu ça, par exemple) et que je rechigne à payer pour participer à des festivités de ce genre vu que je ne peux pas juger de la qualité de ce qui est proposé à l’affiche. Mais, pour autant, j’ai envoyé une demande d’accréditation presse, juste comme ça, et me voilà accepté ! Direction Morlaix pour voir… Pour voir quoi au fait ? Sur l’ensemble de la programmation y’avait juste Bakermat, Rone, le S-Crew et Parov Stelar qui me disait quelque chose. Et Cobra aussi, mais on y reviendra. Enfin toujours est-il que j’y suis allé avec en tête l’objectif habituel de m’ouvrir aux musiques électroniques. En revoyant la liste des concerts auxquels j’ai assisté je peux l’annoncer : c’est un échec. Je ne garde que des souvenirs très flous et qui se mélangent des différents sets et groupes qui se sont enchaînés sur le week-end. Si vous attendiez ici une critique précise et fine du live de Pan-Pot, vous pouvez passer votre chemin : je sais que j’ai vu ce truc mais il n’est pas resté gravé dans ma mémoire (et pourtant j’ai noté « Cool » à côté du nom du groupe sur mon running-order).

Whomadewho

Je sais que j’ai bien aimé Whomadewho et que j’ai fait de jolies photos du groupe. C’est tout.

Du reste, si j’ai passé la majeure partie de mon temps à écouter les artistes et que je n’ai rien à en dire, que raconter ? C’est à la fois le problème et la force d’écrire longtemps après le fest, j’ai pas trop de matière en ce qui concerne les prestations des artistes, mais en même temps j’ai un ressenti très global de la fête, d’autant que j’ai passé des très bons moments – musicaux je veux dire. J’adore passer des soirées à écouter de l’électro avec les artistes en vrai. Je ne comprend toujours rien devant un set mais c’est pas plus mal, ça me permet de me détacher complètement de ce qu’il se passe sur la scène et de me laisser transporter plus facilement, de laisser mon esprit divaguer tranquillement en résonance avec les vibrations de la musique, avec les basses et tout. C’est fatiguant, forcément, vu que ça fini à plus de 5h du mat et qu’on se prend des kilos de son à la face, mais en même temps c’est apaisant. Pendant plusieurs heures de suite j’écoute paisiblement ce que proposent les artistes. Je passe d’une scène à l’autre, c’est toujours un gars derrière ses boutons qui lance de la musique, il y a une certaine continuité qui se crée, c’est rassurant.

Après faut pas non plus idéaliser le week-end. Je me suis fait chier à plusieurs reprises devant des trucs, genre le S-Crew que j’ai trouvé très mollasson ou Mr Oizo qui ne m’a pas convaincu. Deux concerts que j’attendais pourtant. Mais là encore c’est pas tellement un problème vu qu’on est en festival ! Et en festival on a généralement plein de scènes différentes avec des artistes qui jouent en même temps ! Et si dans le Grand Club et dans le Club Sésame (les deux scènes principales, situées dans des hangars d’exposition) il m’arrivait de m’embêter, je savais que je pouvais toujours me rendre au Club, une scène sous chapiteau devant laquelle je n’ai vu que des trucs top : F.E.M., Cleavage, Clyde P., Valentin Marlin et Zvette, je les ai noté sur mon Running Order, c’était vraiment super.

Et j’exagère, je me souviens quand même de certains concerts. Genre celui de Blind Digital Citizen qui a ouvert le festival. Musicalement c’était super. A un moment le chanteur prend des trucs dans un sac et les balance vers nous. Moi, au premier rang, je m’en prend un sur la tête et le type me fait signe de me rapprocher. Je vais voir ce qu’il veut et il me remet un petit sachet, rempli de petites figurines de dinosaures comme quand on était petits ! Il me demande d’aller les distribuer, ce que je suis allé faire au plus vite à la grande joie des quelques personnes déjà présentes si tôt sur le site. Putain ce que c’est cool.

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J’ai gardé pour moi ce petit dinosaure-ci.

Je me souviens bien du concert du Parov Stelar Band aussi, déjà parce-que c’est un groupe génial, ensuite parce qu’il y avait une ambiance de fou. C’était pas vraiment un pogo – le public de Panoramas ne danse pas le pogo – c’était plus une grande bousculade dansée assez étrange et vaguement terrifiante ; j’étais pas si proche de la scène et déjà c’était la folie. Un gars à côté de moi a bien résumé la situation en déclarant, un grand sourire aux lèvres : « Walah c’est trop la kermesse ici ! ». Et en effet, c’était carrément la kermesse. A un moment je tombe sur un pote : il me voit. Il dit : « Je suis complètement… » Une pause. Il disparaît lentement, comme aspiré par la foule. Je l’ai recroisé un peu plus tard, il m’a avoué n’en avoir aucun souvenir.

Non sérieux c’était ultra-cool Panoramas. Je me suis vraiment bien amusé le deuxième jour, parce-que pour le coup mon meilleur pote c’était ramené. Comme j’étais rentré à Brest pour dormir (souvenez-vous, le mauvais plan) on a pu se rendre à Morlaix ensemble, c’était bien. C’était le deuxième jour que passait le groupe Encore!, qui a fait un concert très sympa, dansant comme tout. J’étais content, parce-que je les avais interviewé la veille, ça m’aurait gonflé d’avoir rencontré un groupe naze. Et  faut que je raconte ça aussi : pendant Panoramas, j’ai fait ma première interview (!) De Encore!, donc, disponible ici. Au départ je ne comptais pas rencontrer de groupes, mais en remplissant le formulaire je devais forcément répondre à la question « qui désirez-vous rencontrer en interview ? ». Ok, j’imagine que j’aurais pu refuser, mais tant qu’à être là je me suis dit autant jouer le jeu à fond ! Alors j’ai demandé à Encore! et ils ont dit oui, à l’inverse du S-Crew et de Cobra. Merci à eux !

Alors ça, c'était "matériel informatique", notre point de rendez-vous pour se retrouver.

Alors ça, c’était « matériel informatique », notre point de rendez-vous pour se retrouver.

Et il est temps pour moi de parler de Cobra. COBRA ! LE MEILLEUR GROUPE DE L’UNIVERS. C’est un groupe de hard-rock, tendance punk avec des thématiques plutôt ciblées « Satan, Lucifer & co. » en bref les gars détonnaient grave sur l’affiche. Je les connaissais un peu parce qu’ils étaient aussi annoncés au Hellfest et j’avais pu découvrir un peu ce qu’ils faisaient, mais sérieux c’était le meilleur moment du fest quoi. Le 3e groupe que je vois, quelques curieux qui sont devant mais qui ne reste pas, finalement on devait être quoi, 4 devant la scène dont 2 nanas qui font partie de l’équipe ? 45 minutes de concert génial et hautement improbable qui, s’il n’a pas rencontré son public, était une idée formidable. Merci Panoramas d’avoir programmé Cobra ! Et Daniel Avery aussi, même si ça n’a aucun rapport j’ai trouvé le concert génial !

COBRAAAAA !!!!

COBRA PUTAIN !

Sinon, qu’est-ce que je peux vous raconter d’autres ? Le fest se déroule sur un parc d’expo, avec les avantages et les inconvénients que ça implique : en gros, c’est pas très joli mais c’est fonctionnel. Et puis malgré les 3 scènes c’est pas immense, on a pas des kilomètres à parcourir dès qu’on veut se déplacer mais il y a quand même assez d’espace pour pouvoir se poser en extérieur. Après, la déco est pas exceptionnelle mais on fait avec, et les stands font le boulot, sans plus. Le public, pour en dire un mot, est super jeune : moyenne d’âge petite vingtaine je pense, ça change des fest de métal. Pour autant y’a pas eu de débordements de folie ou que sais-je, mais ça reste un festival en avril, il n’y a pas la même ambiance que pendant l’été. Enfin bref, les gens étaient cool.

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Ouais la déco voilà quoi, une pile géante accrochée à une grue. C’est pas mal, mais pas transcendant.

La soirée de clôture était super aussi, ça se passait au Coatélan, une toute petite salle paumée – osons-le dire – pas loin de Morlaix. C’était un peu en décalage du reste du festival, plus ambiance fête privée vu que la jauge était carrément réduite en comparaison des deux autres jours, mais résultat ça donnait une ambiance intimiste au moment. J’étais super content d’aller enfin au Coatélan, j’en entend parler depuis des années par mes parents qui y ont vu des supers concerts : Noir Désir, Les Négresses Vertes, The Lords of the New Church… Perso, j’ai pas été déçu, le final étaient hyper-classe, en particulier le set de Acid Arab pour terminer la soirée. C’était envoûtant comme tout, j’ai pas été déçu.

Je suis très content d’avoir pu – enfin – participer à Panoramas, depuis le temps qu’on me le conseille et que je me dis que ça doit être bien sympa d’aller y faire un tour. J’avais jamais eu le courage de me confronter à la programmation, qui m’est inconnue, et comme d’habitude je conclus que ça vaut le coup de prendre le risque !

Préambule : Une épopée estivale#14 ?!

« Alors est-ce que je vais refaire un été de festivals ? Aucune idée, je n’en savais rien de toute façon avant de le commencer, l’année dernière. Je vais envoyer cette épopée estivale au maximum de sites et journaux possibles, peut-être que certains seront intéressés pour me payer un pass ou deux pour que je leur chronique des fest. »

Loïc Bécam, mars 2014, dans l’épilogue de Une épopée estivale#13.


Je me lance dans l’écriture de la deuxième édition de Une épopée estivale, et rien que ça il faut s’arrêter dessus. L’année dernière, quand je me suis décidé à écrire sur mon été de festivals, je n’avais aucune prétention, je ne savais même pas si j’irai jusqu’au bout, alors imaginer que je réitérerai la chose n’en parlons pas. Force est d’observer que c’est pourtant le cas, et ça pose des questions sur la façon dont je vais aborder le récit cet hiver. Questions que je vais aborder dans ce préambule. C’est pas très fun, mais il faut bien que j’en parle avant de commencer l’histoire.

A la fin de l’écriture de Une épopée estivale#13 en mars 2014 je ne pensais pas spécialement refaire un été blindé de festivals. Sauf que j’ai profité que le récit soit terminé pour envoyer le lien du site un peu partout sur le web, pour voir si je pouvais avoir quelques retours : dès le lendemain le Hellfest me répond (!), me dit que « c’est bien foutu » (!) et que je pourrais avoir une accréditation presse pour l’édition suivante (!). Passé l’abasourdissement et l’excitation de la nouvelle, ça m’a fait me rendre compte que si j’acceptais la proposition je devrais forcément écrire un article de plus, et si je ne voulais pas que ça ne ressemble à rien il valait mieux que je prévois à nouveau de faire un tour des festivals pour l’été à suivre.

La chose à faire ensuite c’était de réfléchir à ce à quoi allait ressembler Une épopée estivale#14. Ma première intention c’était de ne rien changer à la manière dont j’avais bossé pour la première édition, vivre les festivals comme n’importe quel festivalier puis écrire dessus une fois l’hiver arrivé. Très vite je me suis rendu compte que ce ne serait pas possible pour une raison simple : à l’inverse de l’année 2013 où je ne savais pas que j’écrirai sur ce que j’étais en train de vivre, en 2014 je n’arrivais pas à oublier la finalité de mon tour de festival. Ça c’est la première chose qui pose problème. La seconde chose problématique c’est que j’ai reçu une accréditation presse pour la majorité des festivals auxquels j’ai participé cet été : à la suite de la proposition du Hellfest j’ai envoyé des demandes pour plein de festivals et quelques uns m’ont répondu favorablement. Ça m’a fait me questionner sur ma légitimité de raconter mon vécu de festivalier lambda.

Et alors, qu’est-ce que ça change ? Pas grand-chose finalement : pour les accréditations, la seule différence c’est que je suis allé à des fest où je n’aurais pas pensé me rendre si on ne m’y avait pas invité et que j’ai dépensé moins de fric en pass. Je ne me suis quasi pas servi des avantages que permettaient mes accréd’, non pas par intégrité ou quoi, simplement parce-que j’avais trop de groupes à voir et pas le temps de traîner au bar VIP ou à l’espace presse. De même, ce n’est pas parce-que j’ai été invité par des festivals que j’écrirai des articles plus complaisants à leur propos. Le pire qu’il puisse m’arriver c’est que ça ne leur plaise pas, m’amenant à ne plus recevoir d’accréditation et de ne pas faire carrière dans le journalisme festivalier, donc ça va.

En ce qui concerne ma méthode de travail, là encore ça reste semblable, j’ai juste dû m’imposer des « règles du jeu » : j’ai gardé le temps de parution en hiver parce-que je trouve ça cool. En plus, personne ne le fait, c’est un créneau à prendre. Ça permet d’avoir du recul au lieu d’écrire dans le rush pour faire comme tout le monde, et puis c’est le moment de l’année où on commence à avoir la nostalgie de la saison estivale. C’est aussi le moment où les festivals commencent à annoncer leur programmation, bref, c’est une bonne période pour écrire là-dessus. Pendant l’été je n’ai quasi pas pris de notes : faire ce choix me permet d’écrémer tous les évènements que j’ai vécu, trier pour ne garder que les souvenirs véritablement forts de mon été. Par contre cette fois j’ai envoyé mon appareil photo, histoire de pouvoir illustrer mes articles, et j’ai ramené plein de conneries trouvées sur place pour rappeler des choses à ma mémoire.

Bref, je vais faire de mon mieux pour améliorer le concept de récit que j’ai mis en place l’hiver dernier. Je vais (essayer) de m’appliquer pour écrire, moins utiliser l’expression « Je ne vais pas épiloguer » et croiser les doigts pour que ça soit cool. J’espère réussir à passer le cap de la « deuxième saison », ne pas m’auto-parodier ou essayer de faire un truc trop propre qui en deviendrait froid. Et si l’année dernière je ne pensais pas à diffuser cette série d’articles, cet hiver au contraire je vous le demande : n’hésitez pas à partager mes articles si ils vous plaisent, pour moi c’est d’autant plus motivant de voir que du monde lit ce que je fais ! Dernière chose, j’ai créé une page Facebook Une épopée estivale, n’hésitez pas à la suivre pour être au courant des prochaines parutions. Vous pourrez aussi retrouver dessus les photos que j’ai pris pendant l’été et mon actualité (en admettant que j’ai une actualité !).

Bonne lecture, bande de lecteurs.

Le Cabaret Vert à la manière de touslesfestivals.com

Cet article est écrit à la manière de touslesfestivals.com, la vraie version « Une épopée estivale » paraîtra en hiver prochain. Considérez celle-ci simplement comme un pastiche et notez qu’elle a été écrite avant la parution de l’article de touslesfestivals.com que vous pouvez retrouver ici.

Le Cabaret Vert a fêté cette année ses 10 ans. Une très bonne raison pour nous de traverser la France et participer aux quatre jours de ce festival situé à la frontière de la Belgique, qui propose une affiche des plus intéressantes tenant tête aux plus grands rassemblements français.

Jour 1 : deux journées en une

Après s’être levés à 3h du matin et avoir tracé la route pendant 10 heures depuis Brest, notre petite équipe avait déjà l’impression d’avoir vécu une journée entière. Pourtant, après avoir récupéré pass et bracelets, il était temps de planter la tente. Premier stress : le camping semble bondé. Sur Facebook en effet un statut indiquait que toutes les places avaient été vendues. Heureusement, on trouve sans trop de mal de quoi poser nos 4 tentes aux abords de la Meuse. Un tour de plus à la voiture pour finir d’amener les affaires et il est déjà l’heure de se rendre sur le site des concerts pour ne rien rater de la programmation musicale du festival ardennais.

18h30, repérage et premiers échauffements

On arrive en même temps que les dernières notes de ALB, qui nous donne une bonne impression. Metronomy enchaîne en ouvrant la scène Zanzibar, la plus grande du festival. Pas convaincus par le set du groupe, on décide d’aller se promener sur le site pour s’y repérer. Le festival a lieu dans la ville, sur le stade Bayard. On peut voir autour quelques maisons, un grand immeuble sur lequel sont projetées des images façon mapping et une église que l’on entend sonner à quelques reprises. On achète quelques Bayards (la monnaie du festival, pratique car divisée entre jetons rouges à 1 euro et jetons verts à 50 cts) et on se dirige vers la scène des Illuminations, de taille moyenne, pour se frotter à Red Fang (photo). On est contents de retrouver le rock stoner énervé du quatuor et encore plus de voir la réactivité du public qui pogotte, circle-pitte et wall-of-deathe de façon enthousiaste pendant tout le concert. Un aspect que l’on retrouvera d’ailleurs pendant les quatre jours : les Ardennais vivent chaque concert à fond !

21h00, déception et courts métrages

On attendait beaucoup –M– (photo) qu’aucun d’entre nous n’avait vu jusqu’ici. Sa réputation n’est plus à faire et on s’attendait à un show rock débridé, mais c’est finalement plus un pétard mouillé pop qu’il nous a été donné de voir. Médusés par le medley déplacé (Can’t touch that de MC Hammer suivi de Seven Nation Army suivi de Killing in the Name), on préfère partir voir ailleurs si on y était pas. On découvre alors l’espace cinéma, qui passe en boucle une sélection de courts-métrages. L’espace, tout comme les courts proposés, est très bien pensé et offre une pause agréable loin de la fureur des concerts.

22h20, du rock et du rap

On ne reste pas trop longtemps pour autant, car on ne voulait pas rater la prestation de Royal Blood (photo). On était prêts à voir du spandex, des solos hurlants et tout l’attirail du hair-metal, mais force est de constater que l’on a dû se tromper de Royal Blood quand on écoutait le groupe dans la voiture pendant le trajet. C’est plutôt un moment de stoner rock de très bonne facture que nous avons vu, qui nous a laissé une bonne impression. À l’inverse, Placebo ne nous remue pas et nous finissons de regarder les courts métrages plutôt que d’écouter la bande à Brian Molko. Même constat pour Joey Bada$$. Malgré son nom, le set a beaucoup de mal à décoller et est presque douloureux à observer tant le chanteur semble peiner à faire réagir la foule. Malgré tout, une bonne reprise de Assassin de la Police en clôture du concert nous permet de partir sur une note positive.

 01h10, première claque

La première vraie claque du festival, ça a été Die Antwoord. Le duo sud-africain, épaulé d’un DJ et de deux danseurs, a retourné le festival avec un show énergique et généreux, mêlant changements de costumes, mise en scène, danse et vidéos diffusées sur l’écran géant placé en arrière-scène. Le public, réceptif à l’univers très personnel du groupe, est ressorti conquis du concert. La seule chose qui nous restait à faire était de rentrer au campement, débriefer la journée entre nous et nous reposer de notre double-journée pour récupérer de quoi tenir les trois jours suivants.

Jour 2 : la guerre

On se réveille, de façon assez logique, plutôt tard le vendredi. Après une petite collation – rebaptisée « brunchpéro » pour l’occasion, car mêlant sucré, salé et alcool – on se rend vers les concerts pour voir le rock noisy de Cloud Nothing. Désolé pour The Mothman Prophecies mais, même si nous sommes amateurs de métal, le deathcore on pouvait s’en passer. Cloud Nothing, donc, ne nous a pas laissé un souvenir impérissable. C’est peut-être parce-que l’on commençait à peine la journée ou que nous n’avions vu que la deuxième moitié du concert. À l’inverse, Marmozet (photo) nous a surpris là où on ne s’y attendait pas. Le groupe faisait partie des rares qui nous avaient échappés dans notre écoute avant de partir au Cabaret Vert, c’est donc vierges de tout avis que nous sommes arrivés devant la scène. Et alors, nous avons reçu de plein fouet le son brûlant et sans concession du groupe qui, aidé par un public une nouvelle fois réceptif et heureux de pouvoir se sauter dessus gaiement, a pu développer la totalité de son rock nucléaire, jusqu’au bout.

18h20, le bordel

Pas le temps de se reposer, il faut vite se rendre à la scène Le Temps des Cerises, la petite scène du festival qui voit en majorité des DJ set pendant les quatre jours, en particulier ceux de Raspect Crew (photo). Sauf que là, c’est pour Salut C’est Cool que nous sommes venus. Depuis le temps qu’on veut les voir, qu’on les rate, qu’on n’est pas au bon endroit au bon moment, enfin la vengeance est faite. Et visiblement nous ne sommes pas les seuls : le petit espace est bondé, la foule chante Salam Alaykoum et Merci Nature en boucle en attendant l’arrivée des quatre kiffeurs que l’on aperçoit passer derrière la scène, provoquant force cris d’excitation et exclamations plus ou moins sensées (mention spéciale à la foule répétant joyeusement « Le pull bleu ! Le pull bleu ! » rapport au pull de l’un des roadies…). Enfin, le concert démarre et c’est parti pour 40 minutes de chansons dépassant les frontières du génie. Ici, l’expérience du concert n’a pas été la même pour tous les membres du groupe. Si certains ont réussi à rester agrippés au premier rang et ont pu profiter au mieux du show, d’autres ont passé toute la durée écrasés à observer les dos de leur voisins. Du reste, la conclusion est la même : ce fut formidable.

20h00, baptême de slam

Après ce moment de bravoure, une pause s’imposait, qui fut faite devant The Cool Kids. Mais trop sonnés par l’expérience précédente, nous ne nous en souvenons quasiment pas. De toute façon, on ne voulait pas trop traîner devant parce que Casseur Flowteurs se produisait à la suite sur la scène Zanzibar et que, après avoir écouté plusieurs fois leur premier album de « rap-mongolo », on ne voulait surtout pas rater leur prestation. Nous n’avons pas été déçus, Orelsan et Gringe étaient en grande forme, ainsi que leurs deux DJ (notamment DJ Pone). Les chansons passent très bien l’épreuve du live et Regarde comme il Fait Beau a même été le baptême de slam de l’un de nous.

21h00, bouffe végétalienne et coiffe à plume

La suite de la programmation faisait jouer Murkage puis Editors, mais la faim et la fatigue ont gagné sur ces deux groupes. L’occasion de tester les stands de restauration et en particulier le stand végétalien, restriction alimentaire de l’un de nous oblige. Les plats proposés par ce stand étaient délicieux et à prix raisonnable. Fort de son succès, on a pu observer le temps d’attente augmenter au long des quatre jours. Après ce bon repas, nous nous sommes autorisés à nous allonger pendant Editors, qui ne nous a pas particulièrement touchés. On a fini par se lever pour ne pas rater le début de King Khan and The Shrines, (photo) et quelle bonne idée ! Le set garage-soul du groupe et l’extravagance de son leader ont fait mouche en ce qui nous concerne et ont fini de nous réveiller de la torpeur qui nous habitait.

00h00, la guerre

C’est donc totalement réveillés et en pleine possession de nos moyens que nous sommes allés prendre place devant la grande scène pour les monstres sacrés du big beat : Prodigy. Avouons-le de suite : on ne savait pas à quoi s’attendre. Et ce fut la guerre. Le groupe harangue la foule en nous appelant les « prodigy warriors » et ce n’est pas sans raison : toutes les personnes assemblées se poussent, se rentrent dedans, se sautent dessus. De la force se dégage de ça, une tension extrêmement puissante qui pousse à se dépasser et à tenir tout le temps du concert au lieu de fuir le champ de bataille. Alors que nous repoussions tous les guerriers autour de nous, nous n’avons pas pu nous empêcher de penser à nos collègues tranquillement installés à l’espace média à observer de loin le concert. Qu’ils y réfléchissent bien avant d’écrire quoi que ce soit sur ce concert, s’ils n’ont pas expérimenté la guerre que fut Prodigy, ils n’ont pas vraiment compris ce qui a fait le sel du show.

02h00, quelques bâillements

 Après ça, un petit passage au bar à eau s’imposait. Au nombre de deux, ces stands étaient très bien organisés et distribuaient de l’eau en gobelet à tous les festivaliers déshydratés pour une raison ou une autre. Ensuite, nous nous sommes traînés au set de Kavinsky. Comme prévu, la performance était molle et sans saveur. On est quand même resté jusqu’à Nightcall, mais c’était sans grand enthousiasme.

Jour 3 : On donne tout !

Réveil un peu difficile après cette soirée de folie. On profite du calme du début de journée pour lire la gazette du festival, bourrée d’humour et d’infos intéressantes entre interviews, détails sur l’intimité des loges et l’indispensable édito de Francis, le sanglier mascotte du festival et rédacteur en chef de cette même gazette. On y apprend notamment que la raison pour laquelle le Cabaret Vert n’a pas d’éco cup, alors qu’il se veut festival éco-responsable, s’explique par le fait que l’équipe préfère ramasser et trier l’ensemble des gobelets pour les recycler et en faire des choses diverses telles que des sièges pour enfants. Chapeau. Car oui, on ne l’a pas encore dit mais le festival ardennais est éco-responsable. Quelle différence ça fait pour les festivaliers ? Pas grand-chose en fait, mis à part les toilettes sèches partout, mais on voit déjà celles-ci fleurir dans tous les autres festivals de France et de Navarre. Finalement l’impact du festival à ce niveau est bien sur l’environnement et pas sur le bien-être direct des festivaliers : prise de décisions sur le long terme pour préserver l’eau, partenariat avec les producteurs locaux pour ravitailler les stands, sensibilisation du public… Le festival a reçu un prix pour son investissement et on ne peut que saluer cela et espérer que les autres manifestations de ce type vont lui emboîter le pas.

16h00, des annulations et des remplacements

Mais trêve de bavardage, l’heure tourne et on a déjà manqué The Lads, ce qui est bien dommage parce qu’à ce qu’on entendait de loin, ça avait l’air très bon. C’est donc avec Findlay que l’on démarre ce troisième jour, mais la demoiselle et son garage rock ne nous convainquent pas tant que ça, malgré nos attentes. On se rend alors vers la scène des Illuminations pour le concert de Rouge Congo qui remplace au pied levé les rappeurs de BES/BBGANG. Le son pop des trois musiciens nous plait bien mais ne réussit pas à nous tenir en haleine tout au long du live. On décide de les quitter avant la fin pour se placer en vue de The Jungle Shakers pour une partie de notre groupe, qui a bien apprécié leur rockabilly, et pour Triggerfinger (photo), qui remplace (décidemment) Volbeat, contraints d’annuler la fin de leur tournée pour maux de dos. Le trio stoner fait plaisir à voir, les membres sont ultra-classes dans leurs costumes et leurs attitudes. Tout est bon dans ce groupe et on en ressort conquis. Le live de Tinariwen nous passe un peu par-dessus la tête par contre, le rock du désert de ces touaregs n’a pas réussi à nous transporter.

19h30, horns up

Surtout, on avait en tête la suite des festivités avec Airbourne (photo) sur la scène Zanzibar. Difficile de rater ce combo de hard-rock explosif qui pioche allégrement dans son premier album pour ce concert, pour notre plus grand plaisir. La foule se lance dans force pogos et slams et réagit à tout ce que fait le chanteur-guitariste du groupe, notamment quand celui-ci s’éclate des canettes de bières sur le crâne avant de les lancer dans le public. Rock’n’roll. Difficile de passer après ça, pourtant c’est le rôle de Schoolboy Q et son rap de qualité. Son dialogue constant avec le public permet de créer un lien et une ambiance agréable qui nous fait passer un bon moment.

21h30, la deuxième claque

Mais sur la grande scène se prépare Fauve . On y va tranquillement, sans pression. Après tout c’est la troisième fois qu’on les voit. D’accord, on a le t-shirt du groupe sur le dos mais on connaît pas vrai ? La seule curiosité, c’est de les voir sur une grande scène de festival on se dit, au lieu du petit espace de cabaret auquel on est habitués. La prestation du groupe nous a soufflés. Les cinq gaillards ont évolué de façon impressionnante, le son est devenu beaucoup plus dur et sauvage, les défauts ont été tous retravaillés. À la trappe la voix recouverte par les autres instruments et les excuses entre les morceaux concernant le fait qu’ils ne savent pas très bien jouer. On redécouvre le groupe, on se reprend les paroles en pleine figure et on ressort épatés par la performance.

22h50, ça swingue aux Illuminations

Ce festival est tout de même incroyable. Alors que d’habitude on attend LE concert qui va nous toucher parmi plein d’autres sympas mais sans plus, la programmation du Cabaret Vert donne l’impression que chaque concert est le meilleur du week-end. Ok, on exagère, mais quand même. Bref, sur la scène des Illuminations c’est l’heure de The Parov Stelar Band. Et son electro-swing. Déjà vu à Panorama en avril, on sait à quoi s’attendre et tant mieux ! Le set du groupe est jouissif et donne envie de danser jusqu’au bout de la nuit. Mais danser ça donne faim, alors on se mange un bon « chien chaud des Ardennes » avant de continuer la nuit.

00h30, rebelote !

D’autant qu’il faut de la motivation pour ce qui suit : Salut C’est Cool ! (photo) Car le Cabaret Vert a décidé de programmer le groupe deux jours de suite, ce qui en fait le festival le plus sensé de France. Cette fois c’est sur la scène des Illuminations que se produit le groupe. Après une arrivée en crabe et une dédicace à la gravité, le concert démarre sur la chanson Tony Hawk et c’est parti pour 40 minutes de plus de folie en fusion. La setlist est totalement différente de la veille et le groupe invite cette fois le public à le rejoindre sur la scène. Une nouvelle fois, le concert est au top et on se dit qu’on a bien fait de parcourir 800 km. La soirée se clôture avec Jagwar Ma et son rock électro tout en puissance. On aime bien et on tient jusqu’à la fin du set avant d’aller s’écrouler dans nos tentes.

Jour 4 : Conclusion en douceur (?)

Le dimanche, les concerts étaient moins nombreux et commençaient plus tard, l’occasion pour nous d’aller voir l’espace art de la rue, appelé « Le Temps des Freaks ». Surprise, c’est presque un festival dans le festival qui se déroule ici, avec fanfares, marionnettes, théâtre et expositions. Nous ne sommes pas restés voir les spectacles mais on a pu apprécier le musée des Monstres Sacrés du Rock, qui disposait d’un nombre ahurissant de fausses reliques créées pour l’occasion avec une énorme dose d’humour noir. Quelques fous rires plus tard on est allés jeter un œil à l’espace BD où dédicaçaient quelques auteurs. Nous sommes restés sur notre faim parce qu’on ne connaissait pas ces dessinateurs et que cela nous semblait un peu étrange de venir en festival pour acheter des bandes dessinées. Il y a déjà tant de choses à faire que ce ne serait clairement pas notre priorité. Un tour plus tard par l’espace dédié aux associations, qui en comptait une quarantaine (!), et nous sommes partis écouter les groupes de ce dernier jour.

17h00, dernières notes rock’n’roll.

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On a vu un bout de Baptizein & Secret Yolk, trio rock tout en énergie qui réveille bien les oreilles, en prévision de Thee Oh Sees, hérauts de la scène rock indé actuelle. Le concert est enthousiasmant et les festivaliers en profitent au mieux, grappillent le moindre instant de rock qui se dégage de la scène, sachant parfaitement que le festival s’approche dangereusement de la fin. Un tour à la scène des Illuminations nous permet de voir St Paul & Broken Bones, (photo) un groupe de soul qui nous avait déjà bien intéressés sur album. Le groupe est très classieux, porté par son chanteur dont la voix fait frissonner l’audience.

18h50, on sent la fin approcher…

La tête d’affiche de la journée c’est Kaiser Chiefs, (photo) qui viennent prouver qu’ils connaissent parfaitement la scène. Le concert s’enchaîne sans temps mort et Ricky Wilson prend de la hauteur pour chanter. S’ensuit le concert de Nick Waterhouse, à nouveau de la soul sur la deuxième scène. Le groupe est très équilibré, laisse parler chacun des instruments sans que l’un ne semble écraser les autres par sa présence. On termine le festival avec Patrice. Epuisés, on sort de la foule à la moitié du set pour l’écouter en retrait, allongés dans l’herbe.

23h00, le camping nous réveille de force

On pensait que le festival se terminerait comme ça, après un concert qui calme le jeu et un retour à la tente tôt, le Cabaret Vert fermant ses portes à 23h. Tant mieux pour nous, au vu des 10h de route du lendemain. Mais c’était sans compter sur l’ambiance du festival qui nous a fait tenir toute la nuit à finir la fête en beauté en courant à travers le camping, entre concerts de poubelle, performances d’art contemporain et troc de boissons diverses. Une belle façon de conclure le festival ! (photo)

Côté scène :

La claque

Fauve ≠, qui ont bien évolué depuis la dernière fois qu’on les a vu.

La confirmation

Kavinsky, dont les concerts sont définitivement moyens.

Les plus cool

Salut C’est Cool, what else ?

La découverte

Marmozets, très énergique.

Le plus furieux

Prodigy, c’était la guerre.

La déception

-M-, on s’attendait à une ambiance beaucoup plus rock.

Côté festival :

On a aimé :

  • L’aspect éco-responsable du festival.
  • La programmation de grande qualité.
  • L’ambiance générale du côté des festivaliers, autant sur le camping que pendant les concerts.
  • La réactivité des organisateurs face aux annulations.

On a moins aimé :

  • Le Running Order pas clair qui donne l’impression que des groupes jouent à la suite quand ils sont, au contraire, en même temps.
  • Un écran géant ne serait pas de trop à certains moment.

Conclusion :

Le Cabaret Vert a fêté ses 10 ans en beauté, accueillant un nombre record de festivaliers tout en gardant un très bon esprit qui commence à manquer chez certains de ses concurrents. Espérons que le festival saura garder cet esprit dans son évolution.

J’ai vu Slowdive deux fois

La première fois.

La première fois c’était au Danemark, pendant le Roskilde Festival en juillet. La deuxième fois c’était en Bretagne, à La Route du Rock en août.

La première fois le groupe jouait sous un chapiteau qui s’appelait « Avalon ». La deuxième fois c’était sur la grande scène du fort, en extérieur donc.

La première fois, j’ai assisté au set au sec. La deuxième fois j’étais humide et boueux.

La première fois le concert démarrait à 2h du matin et finissait à 3h et quand je suis sorti le soleil se levait, il était l’heure d’aller au lit. La deuxième fois il était 21h et le soleil se couchait, la journée était loin d’être terminée.

La première fois j’étais tout seul, entouré d’inconnus. La deuxième fois j’étais avec mon frère et mon amoureuse, entourés d’inconnus.

La première fois j’étais pas super bien placé, j’ai dû attendre la moitié du concert pour pouvoir bien voir la scène. La deuxième fois j’étais dans les premiers rangs.

La première fois je ne connaissais quasiment pas le groupe et après le concert je me suis dit qu’il fallait que je l’écoute mieux pour la prochaine fois. La deuxième fois j’étais mécontent contre moi-même parce-que je n’avais pas pris le temps de faire ça.

La première fois j’étais gêné par les gens qui fumaient sans arrêt autour de moi. La deuxième fois non.

La première fois j’ai pris une claque devant le groupe, l’air vibrait, l’atmosphère était intense. La deuxième fois j’étais inquiet, j’avais dit à tout le monde que c’était incroyable et j’avais peur que le concert soit décevant ce soir là, mais il n’en fut rien, c’était formidable.

La première fois c’était top. La deuxième fois c’était super.

La deuxième fois.

Les BB Brunes et moi

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#BBBrunes @lesvieillescharrues

Ça fait un bon moment que je subis les BB Brunes. Quand ils sont apparus j’étais au collège, à l’époque j’écoutais le mouv’. Ou plutôt l’émission du soir, ‘les filles du mouv’. C’est sur cette radio que j’ai entendu leur premier single, ‘Le Gang’, et encore aujourd’hui je trouve que c’est une chanson pas trop mal. Ensuite y’a eu ‘Dis moi’ et là j’ai commencé à avoir un doute sur ce nouveau groupe d’ados rockers. Et la suite m’a donné raison, les BB Brunes sont une bonne bande de têtes à claques. J’ai passé mon chemin.

Sauf qu’en fait non, je n’ai eu de cesse de les retrouver sur mon chemin. La première fois c’était en 2008 quand je suis allé aux Vieilles Charrues pour voir Motörhead. Qui jouait avant eux ? Les BB Brunes. J’étais quand même content de les voir, histoire de juger un peu de leur prestation en concert. Mon père, mon meilleur pote et moi-même sommes tombés d’accord : ils voulaient faire comme les grands, arrivaient bière à la main et clope au bec mais étaient plus ridicules qu’autre chose. Leur concert ne valait pas beaucoup mieux que leur entrée mais on a supporté le concert.

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C’est ce mec le problème. C’est une putain de tête à claque, tout ce qu’il fait est énervant. Le reste du groupe est cool, mais ce mec là t’as juste envie de le secouer. Fort.

Ensuite on est allés voir Iggy Pop à Saint Nolff. Pour s’échauffer avant l’Iguane : les BB Brunes ! Joie ! Plein de mecs étaient venus devant la scène pour les huer, avant même que le concert ne démarre. Quand la musique s’est lancée, un pogo monstrueux s’est mis en branle, du genre à me faire perdre mon portable et mes repères et faire fuir les fans du groupe, terrifiés à l’idée d’être écrasés. Je ne suis pas resté plus de trois ou quatre chansons.

En allant assister au concert de Status Quo à la Fête du Bruit, rebelote, les BB Brunes sont présents. J’avoue que je commençais un peu à saturer, c’était vraiment la plaie, à chaque putain de festival ils étaient là sérieux. Et évidemment il n’y avait qu’une seule scène, impossible de filer mater un autre truc le temps que ça passe. Et franchement, c’était un des pires concerts que j’ai pu voir, les BB Brunes à Landerneau.

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Son jeu de scène c’était ça, une figure audacieuse que je nomme personnellement « Le Goéland Bourré ».

Ça s’est un peu calmé ensuite, je pensais qu’ils avaient disparu, jusqu’à ce que je les retrouve à l’affiche des Déferlantes, à Argelès, le même jour que Motörhead et Iggy Pop. J’étais content de les revoir mine de rien, savoir s’ils faisaient des bons trucs maintenant. Les 30 premières secondes j’ai cru… Mais non. On est allés se poser, pestant contre cette plaie musicale.

Et cette année, je gagne ma place pour le samedi des Vieilles Charrues alors je me tâte pour aller aussi le dimanche, j’écoute les groupes, surtout Miles Kane la tête d’affiche de la soirée rock et je me décide finalement à prendre ma place la veille de partir. Deux heures après, j’apprends que Miles Kane est remplacé par les BB Burnes. J’ai cru que j’allais péter un câble. Vraiment, j’avais les boules c’était monstrueux, sur le milliard de groupes de rock qu’il existe sur cette terre il a fallu que ce soit les BB Brunes qui soient appelés à la rescousse putain. Cinq fois sérieux, c’était la cinquième fois que j’allais subir ce foutu groupe ! Mais je me résigne, j’avais acheté ma place et je serai à Carhaix de toute façon, alors bon, autant profiter de la journée pas vrai ?

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Sérieeuuux ! C’est possible d’avoir une attitude de scène pareille ?!

Arrivée l’heure fatidique, je me dirige vers la scène Graal pour le concert. J’avais le choix entre eux et Kavinski, reconnu internationalement (et par moi-même) pour la mollesse de ses lives… Alors autant voir les BB Brunes, histoire de pouvoir dire que oui, en effet, j’ai vu ce groupe cinq fois. Et vous savez quoi ? J’ai passé un bon moment. C’était pas spécialement un bon concert, même si j’ai été surpris à certains moments que j’ai trouvé bien fichus. Non, j’ai passé un bon moment parce-que d’un coup tous les souvenirs de toutes ces années passées à subir les BB Brunes me sont revenus : l’époque du collège puis du lycée, les moqueries sur le groupe et ses cohortes de fans, chapka vissée sur le crâne même en plein été, le jour où mon père est revenu avec l’album parce qu’il trouvait que ça sonnait bien, tous les supers concerts que j’ai vu aux mêmes festivals que ceux où passaient les BB Brunes… Ce groupe, c’est un peu comme ce vieux pote un peu relou qu’on croise de temps en temps, on est pas forcément content de tomber sur ce type là, mais en même temps il nous rappelle plein de bons souvenirs et finalement on passe du bon temps. Et merde quoi, c’est le seul moment du festival où je connaissais les paroles des chansons !

Me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : j’aurais mille fois préféré voir le concert de Miles Kane. Mais finalement, même si j’ai eu beaucoup de mal à avaler la venue des teenagers rockers, je ne suis pas déçu de les avoir vus. Je suis même resté pour la totalité du concert, c’est dire.

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Par contre il est ultra sérieux dès qu’il est au clavier. On déconne pas avec les claviers.

Elephanz, l’interview

J’ai été gentiment invité par le festival Karrément à l’ouest qui avait lieu à Saint Renan le 12 juillet 2014 et ils m’ont proposé d’interviewer le groupe Elephanz. Je ne connais pas super bien le groupe, mais je suis toujours ravis de pouvoir rencontrer les artistes alors je me suis retrouvé ce samedi en face des frangins Jonathan et Maxime qui arrivaient à peine des Francofolies où ils avaient joué la veille. Lisez donc ça en écoutant leur dernier album.

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Maxime et Jonathan

De ce que l’on peut lire sur le groupe, on vous catégorise comme pop, voire comme « l’avenir de la pop française » (ndlr : le groupe était d’ailleurs nommé pour les Victoires de la Musique). Vous en pensez quoi, de ces catégorisations ?

Maxime : Nous on s’efforce de faire notre travail correctement (rires)

Jonathan : C’est un peu dur de nous catégoriser dans un style.

Maxime : Moi je veux bien qu’on qualifie ma musique comme on veut…

Jonathan : Du moment qu’on l’écoute un petit peu.

Maxime : Du moment qu’on la remet pas complètement en question.

Jonathan : Le truc avec Elephanz c’est qu’on est fan de pop britannique des 60s, mais ça ne s’arrête pas là. On a envie d’explorer beaucoup de terres, de genres, et l’album est révélateur de ça : tu écoutes pas la même chanson dix fois de la même façon. Le plus dur c’était de trouver une cohérence, qui est passée par le choix des accords et le jeu des voix, présent dans toutes les chansons.

Dans ce style que vous développez, de quels groupes actuels ou plus anciens vous vous sentez proches ?

Maxime : on peut te dire ce qu’on écoute beaucoup – je sais pas si on leur ressemble ou quoi – mais on aime beaucoup les groupes des années 60 en Angleterre, après y’a les Pixies et aujourd’hui les nouveaux groupes de la côte Est des USA comme Vampire Weekend, MGMT…

Jonathan : On est un peu tout ça, en essayant tant bien que mal de donner une couleur à ce que l’on fait, de se démarquer du reste de ce qui se fait.

En ce qui me concerne, je trouve que vous avez de l’originalité dans vos sonorités. Peut-être que c’est dû à votre façon d’écrire les chansons en duo.

Maxime : Ca doit être assez symphonique de toute façon, on aime bien la chorale, le lyrisme, que les morceaux soient grandiloquents.

Jonathan : C’est pas très dénudé. Et même dans des morceaux qui ont l’air de partir dénudé, comme Million Eyes Monster par exemple qui commence avec presque rien, juste un souffle, ça finit toujours avec beaucoup de nappes comme quand tu fais une aquarelle et que tu pourrais t’arrêter mais que tu rajoutes des couches. Bon, des fois c’est pas bien mais on essaye de faire les choses avec le plus de goût possible en empilant les mélodies, les propositions.

Maxime : On est envahis par le son.

Jonathan : Ouais, un peu comme Phil Spector. Et on est très très très pointilleux sur la mélodie, c’est une de nos marques de fabrique. C’est important que ce soit extrêmement chantant et tout l’album a cette exigence de mélodie qui ne laisse pas indifférent, que tu n’écoutes pas comme une musique d’ascenseur.

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Et puis j’ai de la chance moi, j’interview des groupes cool, c’es top !

Sinon, votre nom : Elephanz, avec un « Z », un clin d’œil à Gorillaz ?

Jonathan : Bien joué, tu gagnes 100 points. On le dit pas souvent, mais comme tu l’as trouvé… On était très désireux de jouer la carte des masques, on voulait pas se montrer. En ce sens ça nous parlait Gorillaz. On s’était dit qu’on ne se montrerait pas et on a failli à notre parole.

Si j’ai pensé à Gorillaz c’est parce-que je réfléchissais à votre identité visuelle et je me demandais comment vous vous positionniez rapport à ça.

Jonathan : On sait beaucoup plus où on va dans la musique que dans le visuel ; on se laisse vachement guidé dans le visuel.  On a trouvé un truc dans notre duo, c’est-à-dire ce qu’on dégageait tous les deux et comment on pouvait mettre en valeur en terme vestimentaire nos différences. Par contre en termes de clips, de pochettes d’album on les confie à des gens en qui on a confiance et on avance en navigant comme ça. Nous on reste centré sur la musique.

Vous jouez ce soir à Karrément à l’ouest : c’est comment Elephanz en concert ?

Jonathan : C’est assez communicatif je pense. Nous qui étions assez pétrifiés au départ, maintenant on arrive pas à regarder nos pieds et rester concentrer sur la musique qu’on est en train de produire, on a besoin des gens. C’est une sorte de messe, dans le partage… On a moins peur des gens alors c’est plus facile, de partager. C’est pas des concerts intimistes, d’autant plus depuis que le disque est sortie et que les gens connaissent les chansons, chantent, sont plus dedans, plus réactifs. Et nous on a besoin de les sentir avec nous, on va même les chercher.

Maxime : Alors que la tradition des concerts anglo-saxons est plus glaciale, n’a pas cette même générosité.

Jonathan : Je pense qu’on ne peux pas s’en empêcher, c’est nous. Quand tu es sur la scène, en proie à différentes forces de stress, de plaisir, de concentration… tu ne pourrais pas être quelque chose que tu n’es pas vraiment. On est assez naturels là-dedans, contre toute attente.

Vous habitez à Paris mais vous êtes un groupe originaire de Nantes, donc de Bretagne. Jouer à Saint Renan, en Bretagne aussi, c’est un peu comme être à la maison ?

[Rires]

Maxime : J’aimerais bien que la Bretagne ce soit un peu la maison, mais il faudra voir l’accueil qu’ils nous réservent, nous en tout cas on les accueillera à bras ouverts.

Jonathan : Non, la maison c’est plus Nantes pour nous, avec ce que ça comporte de stress de jouer dans sa ville natale. La Bretagne c’est toujours une terre de concerts super…

Maxime : Comme la Vendée.

Jonathan : …mais ça va être la surprise là, un peu.

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Dommage pour le groupe, il n’y avait pas beaucoup de monde devant le concert.

Votre tournée vous fait passer par pas mal de festivals, comment ça se passe la rencontre avec ce public ?

Maxime : Au début c’est assez impressionnant, tu t’adresses directement à un grand nombre de personnes sur des étendues où tu vois l’horizon. Je pense que ça va vite devenir addictif.

Jonathan : Aujourd’hui on arrive à les chopper, parce-que c’est pas forcément ton public et que ça dépend l’heure à laquelle tu joues, ils sont plus ou moins… [un temps] Ben, saouls quoi. Mais c’est vraiment super. Après ils ne réagissent pas tous pareil suivant les villes, s’il fait nuit ou non…

Maxime : Souvent, plus ils ont un temps pourri toute l’année plus chaud ils sont [rires]

Jonathan : On a joué à Bobital la semaine dernière et il a plu toute la durée du festival, vraiment impressionnant. Les gens étaient là, à donf, avec leur k-way, leur parapluie… Chaud bouillants.

Et justement, vous avez des souvenirs marquants de festivals ?

Jonathan : On jouait à un festival, il faisait nuit, pas mal de monde genre 800-1200 personnes. Un festival de taille moyenne mais avec pas mal de monde devant la scène. En plein milieu du concert il y a une panne de courant sur la totalité du site. Le temps qu’il rebranche, Clément [le batteur, ndlr] – qui était le seul qu’on entendait – s’est lancé dans un rythme un peu tribal qui a duré un quart d’heure Maxime s’est mis en transe, comme un petit chaman. [Rires]

Maxime : J’ai vu les esprits, ils m’ont parlé.

Jonathan : Moi j’ai joué l’équilibriste sur les barrières, et on quasiment plus communiqué avec les gens comme ça qu’avec la chanson d’avant, c’est fou. C’est à se demander l’intérêt de toutes ces lumières, ce décorum et toutes ces notes… C’est souvent dans les moments de troubles et de faiblesses que tu révèles des trucs de toi et des gens. Dans l’imprévu quoi, c’est assez génial en concert. Je te passe sur les millions de fois où on a eu des instruments qui lâchent et où tout fout le camp ! Ah, et il y a aussi les concerts où, quand je joue de la guitare et que je chante, je me prends des décharges avec le micro… Parfois tu joues dans la douleur mais à chaque fois c’est fort ce que tu vis avec les gens. On était très flippés au départ de notre – courte – carrière musicale, ça nous effrayait. On est plutôt des gars antisocial et pas très à l’aise en public, on a dû se battre avec ça. Ce que tu révèles de toi est encore plus jouissif quand tu te fais violence. En là on s’est un peu fait violence.

Quels projets pour la suite ?

Maxime : On va beaucoup tourner, puisqu’on vient de sortir une réédition de l’album juste avant l’été avec quatre morceaux inédits. En parallèle on a des collaborations, un peu avec le cinéma.

Jonathan : Des propositions souvent intéressantes pour faire de la musique de films. On produit aussi d’autres artistes, on est ouverts à ça parce qu’on est restés pas mal sur nous-mêmes et là ça fait du bien de s’ouvrir sur autre chose.

Et là on a été interrompus parce qu’ils devaient aller faire des photos avant le concert. Ça semblait pas évident, à peine arrivés sur place, ils enchaînent les interviews, la séance photo, ensuite ils doivent jouer… Le genre de journée à finir sur les rotules. Bon courage à eux pour la suite de leur tournée !

La magie des festivals frappe le Hellfest.

Ça vous intéresse une histoire sur la magie des festivals, qui m’est arrivée au Hellfest#14 ?

J’étais devant Mad Sin, dans la Warzone, et j’ai eu une révélation : c’était le dernier jour du Hellfest, je voulais être devant Black Sabbath, près de la scène. Mais à tous les coups c’était déjà trop tard, tous les furieux auraient déjà pris place. Je me suis dit que je devrais essayer de me poser sur la terrasse en hauteur du carré VIP, donc j’y vais. Mais c’était juste sur invitation et moi je n’avais qu’un pass presse standard. Alors j’ai fait un truc que je ne fais quasiment jamais : je suis allé me placer plusieurs heures en avance pour un concert. Super surprise : pas grand monde devant Dark Angel, je me suis retrouvé directement dans les premiers rangs, inespéré, décidé à ne pas en bouger. J’écoute le concert de Behemoth (vraiment top) assis parce-que j’avais accumulé de la fatigue, et celui de Soundgarden (sympa). Puis vient le concert de Emperor. Ce groupe, c’est une putain de légende du black métal et j’étais super déçu de ne pas être devant, mais en face de la scène d’à côté, forcé de suivre le concert sur l’écran géant. Mon petit frère, qui faisait son premier Hellfest, a attendu plus de six heures la Main Stage 2 pour ne rien rater du show. C’était un des concerts les plus intenses et formidables que j’ai pu entendre, à défaut de voir. Vers le début du set je remarque qu’un mec me mate dans le public, avec pas mal d’insistance. Je fais pas gaffe, mais il me fait signe, il était à quoi, deux-trois mètres. Alors que Isahn, le chanteur de Emperor, hurlait en fond, le gars me dit :

« Tééai o déant’ ? »

« Hein ? »

« T’étais aux Déferlantes ? »

Déjà là j’en revenais pas, mais oui bien sûr j’y étais.

« T’étais sur la scène avec Iggy Pop ? ». Là j’hallucine. Tous les gens qui nous entouraient, une bande de Polonais, nous regardaient assez étonnés de notre dialogue. Mais bref, oui j’étais bien sur scène avec Iggy Pop, complètement fou, le gars m’a vu sur scène et s’en souvient ?!

« T’étais sur scène avec ma fille ! »

Pour illustrer cette article, je vous met les photos que ce type a pris du concert. En tout cas, les trois que j’ai reçu.

Et je comprends tout d’un coup. Je me souviens parfaitement de cette nana. Je vais pas re-raconter l’histoire de comment je me suis retrouvé sur scène avec l’Iguane, retournez lire l’article de l’année dernière, mais je n’avais pas raconté qu’une fois sur la scène avec toute la bande de festivaliers, cette fille me tape sur l’épaule, pointe mon bracelet du Hellfest#13 (tout neuf à l’époque !) et me montre le sien. Une copine de Clisson ! Alors on a dansé ensemble, on s’est bien marrés et j’ai fini par me barrer de la scène, viré à la fin de Fun House par le service d’ordre. Une fois reparti dans le public, je retombe sur elle. On va voir ensemble la fin du concert, genre I Wanna Be Your Dog qui démarre, sérieux j’étais tellement excité d’être monté sur la scène que je me suis mis à danser de la façon la plus furieuse que je pouvais pour me décharger de la folie du moment, hurlant les paroles de la chanson. Je me suis demandé si je trouverais des vidéos sur Youtube dans le goût de « Crazy guy in front of Iggy Pop Deferlantes 2013″, mais non. Bref. Une fois le concert terminé elle me sort « Allez salut, je vais retrouver mon père, on part en Espagne » ou un truc comme ça, je sais plus. Et moi, pour déconner je lui réponds « On se voit peut-être au Hellfest ! » Évidemment non, je veux dire ce serait improbable, y’a des dizaines de milliers de personnes, c’était une façon détournée de lui dire « Adieu, on a passé un bon moment, c’était cool de danser ensemble ! » ET JE SUIS PUTAIN DE TOMBÉ SUR SON PÈRE DEVANT LA MAIN STAGE 1 DU HELLFEST ALORS QUE J’ATTENDAIS LE CONCERT DE BLACK SABBATH ! C’est tellement fou.

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James Österberg, bitches

Le gars me dit qu’il y a une vidéo de moi sur le net, ça je savais, et continue en me disant qu’il a des photos de moi ! Délire complet. Mais logique, je veux dire, sa fille était sur scène pendant le concert d’Iggy Pop, normal qu’il prenne ça en photo, moi je n’étais qu’un dommage collatéral parce qu’on a dansé ensemble. Je lui file ma carte en lui disant de me contacter, parceque j’entendais vraiment rien. Faut comprendre, dès qu’il y a un bruit parasite j’ai beaucoup de mal à comprendre ce qu’on me dit. Genre dans un bar bruyant c’est super compliqué pour moi de suivre une conversation, alors là avec Emperor à fond dans les baffles du Hellfest, je vous laisse imaginer. C’est dommage d’ailleurs, j’aurais bien discuté avec lui, le hasard du moment était trop incroyable. Et je ne l’ai pas revu après Black Sabbath, tant pis. J’avais un peu peur qu’il paume ma carte, mais t je reçois un mail de la nana pour me dire qu’elle a halluciné en entendant son père lui raconter l’histoire. Tu m’étonnes. La magie des festivals les mecs.

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Et donc en effet, on peut m’apercevoir sur cette photo : mon genou apparaît entre les jambes du mec au t-shirt blanc qui tient le fil du micro de Iggy et mes cheveux dépasse au-dessus de son épaule.

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